Des navettes fluviales de logistique urbaine sur le canal du Midi ? Un pari devenu techniquement possible dans l’agglomération de Toulouse. Dans la ligne des grandes métropoles fluviales qui s’arment en logistique fluviale pour alimenter les hypercentres, la ville occitane avance à petits pas. En portant un regard neuf sur son canal historique, Toulouse réinvente, entre trois écluses, le transport urbain avec des acteurs de l’économie sociale et solidaire. En mode coopératif, trois entreprises viennent de conclure un mois de test de logistique fluviale avec le soutien financier de VNF. Au rythme de deux voyages par semaine, un bateau a chargé entre deux et trois cents kilos de marchandises (champignons, plats à emporter, des pousses végétales, fromages) en provenance du MIN et stockées dans un conteneur sur les quais de Midinet. Direction le centre-ville où en deux points de déchargements, elles ont été livrées par vélos-cargos vers des commerces. Compost, papier et cartons collectés dans les entreprises ont rempli le bateau le retour. Près de 300 points de livraisons ont été livrés tout le mois d’octobre 2021. Applicolis, Les Alchimistes et Greenburo ont éprouvé grandeur nature la possibilité d’inclure le fluvial dans leur trajet quotidien. Ils en dressent aujourd’hui le bilan. Respectivement livreur de colis, composteur et récupérateur de biodéchets, et déchets, ces spécialistes de la logistique ont évalué les contraintes techniques du transport fluvial : synchronisation, temps, conditions de navigation. « Nous avons pu gagner une heure par voyage et pu collecter davantage », commente Louis Latapie, co-gérant de Greenburo. Même constat pour Vincent Monteil, gérant d’Applicolis, pour qui le fluvial permettrait de multiplier les livraisons : « En logistique, le temps coûte le plus cher. On a compris qu’une attention particulière sur les ruptures de charges devra être déployée. Il manque aujourd’hui des zones tampons et des quais aménagés avec du matériel de transbordement, grue et rampes ». Le logisticien évoque aussi les horaires des trois écluses à adapter au rythme du fret. « Si nous avons pu démontrer l’intérêt du fluvial pour l’environnement et la logistique, il nous reste à trouver un modèle économique intéressant » reprend Louis Latapie. Greenburo, une Scop d’insertion en pleine croissance, collecte entre 200 et 300 tonnes de cartons par mois. Sans stockage au centre-ville, l’effort fluvial sera vain pour ces volumes. Ils attendent le prochain appel à projets de VNF pour une logistique urbaine sur les quais de Lalande, « et se greffer sur des plus gros . Il nous manque encore trop d’éléments pour voir plus loin : fréquence des navettes, coûts, stockages etc. », conclut Louis Latapie.
Un besoin de cohabitation
VNF regarde dans la même direction, un seul acteur ne suffira pas : « Aujourd’hui nous favorisons une diversité d’acteurs. L’idée, avec ce test, n’était pas le volume mais d’insérer le fluvial dans une logistique existante urbaine », explique Alexis Palmier, responsable du développement de la voie d’eau VNF Sud-Ouest. L’expérimentation a aussi démontré que des navettes sur un canal aujourd’hui principalement occupé par la plaisance doivent passer par une concertation entre acteurs. Pour Alexis Palmier : « Nous avons testé la cohabitation ». Chargée de développement chez VNF, Eilika Gental ajoute : « La taille du bateau devra permettre d’éviter ces difficultés tout en s’adaptant à des volumes limités » et espère une multiplication des clients pour massifier à partir de plusieurs produits.