VNF s’implique davantage dans l’hydroélectricité

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Pour VNF, l’équipement des barrages en centrales hydroélectriques est, à la fois, une contribution à la transition énergétique et, via la redevance perçue, une source de financement. L’établissement entend être associé plus étroitement aux projets. Une manière de valoriser le domaine public fluvial par la production d’énergie renouvelable.  Les centrales hydroélectriques les plus importantes installées sur les fleuves français ne dépendent pas de VNF mais d’une autorisation accordée directement par l’État à l’exploitant, sous forme de concession. Il n’y a donc pas de relation directe, formalisée, entre les concessionnaires de ces centrales et VNF mais simplement des relations de voisinage, nécessaires pour gérer le plan d’eau en bonne intelligence et se mettre d’accord sur l’organisation des travaux.  C’est, en revanche, VNF qui autorise l’implantation des centrales plus petites, dont la puissance est inférieure à 4,5 MW. Il en existe à ce jour 73 réparties sur tout le réseau VNF, avec des puissances très variables selon les cours d’eau. Certaines ont été installées dès la fin du XIXe siècle, parfois à l’emplacement de moulins très anciens. Jusqu’à la fin des années 2010, en cas de demande d’installation d’une microcentrale hydroélectrique sur un barrage, VNF vérifiait les risques éventuels que cela pouvait faire peser sur la navigation ou la gestion hydraulique, puis octroyait à l’industriel concerné une convention d’occupation temporaire (COT). Mais l’établissement public ne s’impliquait pas, par la suite, dans la gestion et l’exploitation de la centrale.

Un schéma original

À partir de 2016, VNF a souhaité équiper un nombre croissant de sites en installations hydroélectriques. C’est le début d’une véritable stratégie hydroélectrique de VNF avec, pour trouver le meilleur projet possible pour chaque site, des mises en concurrence systématiques pour susciter des projets émanant d’industriels spécialistes de la production électrique. La mise en concurrence peut aboutir à une COT classique, mais peut aussi, sur les sites où l’enjeu est plus fort pour l’établissement public, conduire à la mise en place d’un schéma plus original, comme le détaille Timothée Chrétien, de l’unité opérationnelle « projets spéciaux et partenariats » de VNF : « Lorsque nous souhaitons être associés plus étroitement au projet, VNF noue un partenariat avec l’industriel retenu qui conçoit la centrale, apporte les financements et obtient les autorisations administratives. Puis, pour la phase de réalisation, une société de projet est créée, avec une participation minoritaire de VNF, pour mettre en place et gérer la centrale. Ce montage permet une meilleure coordination entre la microcentrale et le barrage ». 

Le choix d’une participation ou non de VNF à une société de projet se fait sur des critères de gestion hydraulique, et VNF s’associe donc plus volontiers aux projets de centrales sur les sites où le débit est le plus important. Ces centrales sont aussi celles où la quantité d’électricité produite sera la plus grande, et sont souvent les plus rentables. La question, pour l’établissement public, est de mobiliser au mieux ses moyens financiers et humains pour suivre la gestion de la société de projet.

Notons au passage qu’un schéma spécifique a été utilisé pour les barrages de la Meuse, reconstruits dans le cadre d’un partenariat public-privé où l’initiative a été laissée au partenaire privé de proposer les sites à équiper de microcentrales.

Cette politique de VNF consistant à s’impliquer davantage dans les projets de construction de microcentrales hydroélectriques ne remontant qu’à 2016, les premières constructions ne commenceront que fin 2021, pour une mise en service en 2023. Trois partenariats sont en cours avec des sociétés françaises de production d’énergie renouvelable : deux avec Total Quadran, le troisième avec Valorem. « Chacun de ces partenariats concerne un ensemble de sites pour une raison de mutualisation des risques, certains projets étant susceptibles de ne pas aboutir », précise Timothée Chrétien.

Les premières centrales à entrer en service, avec une puissance de 1 à 3 MW, seront situées sur la Seine : Suresnes pour Valorem, Port à l’Anglais, Carrières-sous-Poissy et Meaux pour Quadran. Ces projets, nécessitant des investissements de plusieurs millions d’euros, ont fait l’objet de partenariats pour des durées de 30 ans. À l’issue de cette période, les sites seront remis en concurrence pour les attribuer à de nouveaux exploitants. D’autres projets faisant l’objet de partenariats sont aussi en cours, mais sont moins avancés : par exemple à Pagny-le-Château sur le Petite Saône, ou à Ponte-et-Massène, également en Bourgogne, sur un barrage-réservoir présentant un faible débit mais une forte hauteur de chute.

Des appels à concurrence vont aussi être lancés fin 2020 sur le territoire de la direction territoriale Nord-Pas-de-Calais, sur des barrages où le débit comme la hauteur de chute sont faibles : présentant moins de potentiel hydroélectrique, ces projets feront l’objet d’une simple COT, sans mise en place d’un partenariat entre VNF et l’industriel exploitant. « Les candidats proposeront leurs projets, avec des évaluations de puissances à installer, mais nous nous attendons à quelques dizaines ou quelques centaines de kilowatts, pas davantage », déclare Timothée Chrétien qui, interrogé sur le potentiel hydroélectrique de l’ensemble du réseau navigable, se refuse à avancer le moindre chiffre : « Des évaluations macro ont été faites sur le réseau, mais l’expérience montre qu’il faut, pour chaque site, intégrer les contraintes économiques et environnementales. Il faut donc travailler site par site, et évaluer les projets au cas par cas ». 

À cela s’ajoute une précision importante : de même que le solaire ou l’éolien dépendent des conditions météorologiques, la production hydroélectrique dépend des conditions hydrauliques. La puissance installée ne reflète donc que la capacité maximale de production d’une centrale. La puissance réelle sera bien moindre en cas d’étiage, par absence de débit. Elle deviendra nulle en cas de crue, par absence de chute d’eau au barrage.

Production d’électricité solaire 

L’hydroélectricité n’est pas la seule façon dont VNF envisage de valoriser le domaine public fluvial par la production d’énergie renouvelable. L’installation de panneaux voltaïques devrait aussi faire contribuer l’établissement public à la transition énergétique, et lui assurer de nouvelles ressources financières. Trois sites du bassin Rhône-Saône ont été retenus pour la production d’électricité solaire : Pagny, Replonges et Saint-Gilles. Les panneaux, disposés au sol, seront situés à proximité d’écluses. Les projets précis sont en cours d’élaboration par les candidats présélectionnés. Le lauréat sera choisi au cours du premier semestre 2021. La production d’électricité solaire sera une première sur le réseau VNF. Mais l’établissement public ne craint pas de s’éloigner de l’eau, son élément habituel, et envisage d’identifier de nouveaux sites pour le solaire.

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