La coopérative Ile-de-France Sud déploie son activité sur deux zones agricoles, la Beauce et le Gâtinais, ce qui est important pour nos choix de transport », explique le directeur général Hervé Courte.
En Ile-de-France, la collecte concerne des céréales, essentiellement du blé panifiable, en Gâtinais, c’est de l’orge de printemps brassicole utilisé pour faire du malt ou de la bière. « Cette orge a une réputation mondiale, une qualité très élevée, ce qui nous permet de fournir des clients prestigieux comme Heineken », souligne Hervé Courte. Au total, la coopérative Ile-de-France Sud collecte chaque année 280 000 tonnes de produits agricoles.
« Nous avons deux besoins d’acheminement, continue le directeur général, le premier du champ au silo, le deuxième du silo à nos clients qui sont des acteurs de la transformation agro-alimentaire humaine pour lesquels la traçabilité est indispensable ». Les céréales collectées par la coopérative Ile-de-France Sud servent pour la panification, la production de semoule, de riz, de malt. Pour le colza la trituration permet d’obtenir des produits huileux. « Nous exportons au niveau régional, national et européen. Pour nos exportations à l’international, le grand export, nous passons par d’autres opérateurs, comme Sénalia à Rouen », précise Hervé Courte.
150 000 tonnes par le fluvial
Il rappelle que dans les années 1970 et 1980, la coopérative a beaucoup utilisé la voie ferrée. « À l’époque, nous avons profité d’une volonté de développer le transport ferroviaire de vrac. Plus de 50 % de notre volume collecté empruntait le mode ferroviaire au départ des silos pour servir les industriels de la transformation agro-alimentaire ». Par exemple, à Étampes, c’était 150 trains chargés pour un trafic total de 150 000 tonnes. L’autre mode utilisé par la coopérative était le transport routier. « Pour nos clients situés au Nord de Paris, le ferroviaire était la meilleure option : efficace, compétitif sur les moyennes distances. Les poids lourds venaient en complément sur les courtes distances », souligne Hervé Courte.
Il poursuit : « Puis, il y a 12 ans, les problèmes avec le ferroviaire ont commencé, en termes de fiabilité, à quoi s’est ajouté un flou politique par rapport au transport de marchandises vrac. Cette filière ne correspondait plus aux priorités de la SNCF. La priorité, c’était désormais les voyageurs ». La coopérative Ile-de-France Sud a d’abord fait le choix d’un basculement des tonnages auparavant transportés par le chemin de fer sur le transport routier. « Très vite, cela a été très compliqué, témoigne Hervé Courte. Surtout pour les trajets de moyenne distance qui nécessitaient de traverser la région parisienne du Sud au Nord ». Le coût du tout-route est apparu très onéreux, par exemple 600 euros par jour pour un poids lourd d’Étampes à Pontoise transportant 30 tonnes de blé, soit le double du coût pour un trajet Etampes-Belgique.
« Nous avons alors décidé d’utiliser la voie d’eau à Corbeil-Essonnes, le port Saint-Nicolas situé en plein centre-ville de la commune, ce qui a très vite posé des difficultés avec les riverains ». Les tonnages ont rapidement augmenté pour atteindre 70 000 tonnes. « Les élus locaux ont demandé à nous rencontrer pour trouver une solution. Nous avons aussi travaillé avec Haropa-Ports de Paris et Voies navigables de France ». La coopérative et les autres parties prenantes font le constat de l’absence d’emprise foncière disponible pour installer un silo au bord de la voie d’eau sur Corbeil-Essonnes. « Nous avons travaillé en commun et avons imaginé la solution qui existe aujourd’hui d’un point de chargement qui s’intègre dans l’entrée de la ville. Sur moins de 4 000 mètres carré d’emprise foncière, nous avons installé un ring de déchargement, un poste de mise à FOB de haut débit à 400 tonnes par heure, un aménagement du bord de la voie d’eau sous forme d’estacade et non pas de quai ».
Avec cette installation, la coopérative Ile-de-France Sud peut charger en fluvial 150 000 tonnes par an, « ce qui est le volume que nous faisions auparavant par le ferroviaire ». En 2018, cette coopérative a d’ailleurs opéré un seul train.
Projet pour atteindre 250 000 tonnes
Le directeur général constate une évolution de mentalité chez ses clients qui s’engagent dans des démarches RSE prenant en compte un bilan carbone de leurs activités, qui conduit à revoir notamment les transports utilisés. Il cite, en exemple, la malterie Albert à Bruxelles qui a décidé dans le cadre de sa démarche RSE de ne plus recevoir de produits par la route. Cela a conduit la coopérative à investir dans des postes de déchargement situés au bord de la voie d’eau. « Une tonne de blé transportée par le fluvial, c’est un bilan carbone trois fois moins élevé que par la route ».
Du point de vue de l’organisation des transports, la coopérative n’affrète pas, ce sont ses clients qui s’en occupent, le plus souvent en passant par un commissionnaire de transport qui fait appel généralement à des artisans-bateliers indépendants. « Nous avons seulement besoin d’être informé par nos clients des arrivées et départs de bateaux pour gérer au mieux les flux ». Hervé Courte a constaté une augmentation du chargement moyen des bateaux de 500 tonnes il y a quelques années à 1 200 tonnes actuellement.
L’implantation d’un point de chargement à Corbeil-Essonnes pour cette coopérative constitue un avantage très important, dans la mesure où cette partie de la Seine est au grand gabarit, ce qui permet la navigation de bateaux jusqu’à 3 500 tonnes. La situation apparaît bien différente sur le canal du Nord à partir de Conflans-Sainte-Honorine où la capacité d’emport des bateaux est limité à 600 tonnes pour desservir la Belgique. « C’est la raison de l’intérêt pour nous du projet de canal à grand gabarit Seine-Nord Europe, relève Hervé Courte. C’est un élément stratégique pour notre coopérative et son développement à l’avenir pour élargir notre hinterland vers le Nord de l’Europe ».
Parmi les projets de la coopérative Ile-de-France Sud à Corbeil-Essonnes, il y a la construction d’une capacité de stockage supplémentaire de 2 500 tonnes d’ici au plus tard 2022. « Nous venons de déposer le permis de construire. L’objectif est de nous donner davantage de souplesse. Nous allons pouvoir monter à 200 000 voire 250 000 tonnes pour le site de Corbeil et l’utilisation du transport fluvial au lieu des 150 000 tonnes actuelles ».