Fret ferroviaire : Duisport, plaque tournante des trains chinois en Europe

Article réservé aux abonnés

La crise du Covid-19 a permis au port de Duisbourg, en Allemagne, de développer son activité ferroviaire avec la Chine. 60 liaisons hebdomadaires se sont établies depuis le lancement du premier train en 2011. Au cœur de la crise sanitaire, un train quitte en avril 2020 Wuhan -épicentre de la pandémie- en direction de Duisbourg, terminus de la Nouvelle Route de la Soie sur les bords du Rhin. à bord du convoi, 35 conteneurs chargés de masques et de matériels de protection pour le corps médical européen, alors cruellement sous-équipé. Les médias chinois vantent les mérites de la Nouvelle Route de la Soie, rebaptisée, pour l’occasion, « Route de la vie et des possibles ».  Quelques mois plus tard, la crise est toujours là. Mais, à Duisbourg, le nombre de trains avec la Chine est passé de 35 à 60 par semaine. « Le Covid-19 a joué un rôle de catalyseur pour le rail. L’Europe avait urgemment besoin de masques. Les aéroports étaient en partie fermés. La traversée maritime aurait pris trop de temps. Les ports étaient, eux aussi, en partie immobilisés », explique Thomas Hüser, le porte-parole de Duisport, la société chargée de la gestion des activités portuaires de cette ville de la Ruhr, à l’extrême ouest de l’Allemagne.  Dès mars 2020, le port de Duisbourg se prépare à affronter le tsunami sanitaire. Une cellule de crise interne est mise sur pied. « Nous avons observé les nouveaux développements avec le plus grand soin et adopté les réponses appropriées », se souvient le patron de Duisport, Erich Staake. Un concept sanitaire est mis sur pied. A aucun moment, le port de Duisbourg n’a été en situation de devoir cesser son activité. « Malgré la crise, nous étions bien préparés pour faire face à une hausse de la demande », insiste Erich Staake : surfaces d’entrepôt maintenues disponibles pour réagir aux variations de la demande, mise au point de solutions logistiques individualisées à court terme… A la veille de Noël, l’activité connaît un nouveau rebond de +21,1 % sur un an en novembre 2020 au lieu des +10 à 12 % attendus, après un second trimestre de flottement.

De nouvelles destinations

De plus en plus de marchandises circulent entre la Chine et l’Europe par le rail. Le train (14 jours de trajet pour 10 000 km au lieu de quatre semaines par la voie maritime, 20 % seulement du prix de l’avion) s’est imposé pour plusieurs types de produits peu encombrants et à forte valeur ajoutée. « Je voulais être exactement entre le navire et l’avion en termes de positionnement. Cela a marché », rappelle Erich Staake. Aujourd’hui, 20 000 bateaux sont transbordés à Duisport pour 25 000 trains. A leur bord, en provenance de l’Empire du Milieu, matériel électronique, téléphonie, matériel médical, pièces détachées pour l’industrie automobile comme des batteries, essieux, éléments de freinage… 

Arrivés à Duisbourg, les marchandises sont réacheminées, par bateau ou train, vers l’ensemble de l’Europe. Une petite partie des cargaisons est transportée par camion. En sens inverse, les trains repartent avec à bord des denrées alimentaires, notamment de la viande de porc, de la bière allemande mais aussi de la machine-outil… Le constructeur automobile chinois Geely estime avoir économisé 450 000 euros en transports, rien qu’entre janvier et septembre 2020, grâce au rail vers l’Europe.

Un tiers du trafic ferroviaire de marchandises avec la Chine passe aujourd’hui par Duisbourg. Et sur 1 400 trains quittant Chongqing pour l’Europe, 80 % passent par la plaque tournante de Duisbourg. Quantité de destinations chinoises du nord au sud et d’est en ouest du pays sont desservies. Chongqing reste le principal hub chinois. Mais quantité de nouvelles liaisons ont été ouvertes. Au printemps 2020, une nouvelle ligne directe était établie avec Jinan au nord-est de la Chine et Changsha au centre du pays. Et en septembre, Sinotrans mettait en place une nouvelle liaison entre Shenzhen (face à Hong-Kong) et Duisbourg. 

Réduire la durée du trajet

Au début des années 2000, Erich Staake, rêve d’Orient comme débouché d’avenir pour Duisport. Gerhard Schröder est alors au pouvoir et les projets vont plutôt en direction de la Russie de Vladimir Poutine, grand ami du chancelier. « A l’époque, on était dans le domaine de l’expérimental. L’idée était de développer une alternative au maritime, trop lent, et trop peu fiable en termes de délais. On se demandait tout simplement s’il serait possible de développer une liaison ferroviaire longue distance », se souvient Thomas Hüser.

En 2011, une première ligne ferroviaire régulière est inaugurée avec la Chine. En 2014, Xi Jinping donne le coup d’envoi au Yuxinou, premier train permanent et direct avec l’Empire du Milieu. « C’est à ce moment là que le train est devenu une alternative stratégique à la liaison maritime », souligne Thomas Hüser. Le train traverse le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, et, finalement, la Pologne pour rejoindre l’Allemagne. Le trajet n’est pas sans obstacles. « On peut dire qu’il faut dix jours pour franchir 9 000 des 10 000 km du trajet puis quatre à six jours pour les 1 000 km restants. Trop de temps est perdu. L’objectif est de parvenir à douze jours le plus rapidement possible », résume Thomas Huster. Pour Erich Staake : « Le jour où nous arriverons à réduire la durée du trajet à dix jours, alors l’avion ne sera plus du tout rentable pour les liaisons avec la Chine et la croissance sera exponentielle ». 

 

Différence d’écart de voies entre la Chine et la Russie puis entre Russie et la Pologne, lenteurs des transbordements notamment côté polonais… Le défi est pour l’heure de taille. Autre point noir : une fois déchargés en provenance de Chine, trois trains sur quatre repartent à vide vers l’est. La balance commerciale avec Pékin, fortement déséquilibrée, empêche d’optimiser les trajets, malgré les tentatives de Duisport de conclure des accords avec de nouveaux partenaires européens pour l’exportation vers la Chine. 

Aujourd’hui pourtant Duisbourg, longtemps sinistrée par la crise du charbon et de l’acier, semble renaître de ses cendres, grâce à son port. Premier port intérieur d’Europe, reliant les principaux ports de la mer du Nord, Rotterdam et Hambourg, avec la Suisse, l’Autriche et l’Italie via le Rhin, situé au cœur de l’Europe, à proximité d’importants sites industriels et des régions les plus peuplées d’Europe, Duisport réalise une part croissante de son activité grâce au trafic ferroviaire avec la Chine, qui représente déjà 8 % du total des marchandises transbordées. 

La tendance est à la hausse, selon Thomas Hüser : « Le potentiel est considérable avec la Chine. Pour nous, l’activité est déjà rentable, et nous sommes convaincus qu’elle va croître, grâce au développement des infrastructures ». 

Duisport a annoncé mi-décembre 2020 la construction prochaine d’un centre logistique supplémentaire de 100 000 mètres carrés, un projet conjoint réalisé avec le géant Maersk. Le projet, sur un terrain de 43 hectares, permettra de créer 350 emplois. Une seconde tranche de travaux permettra dans un second temps d’augmenter la surface d’entrepôt de 50 000 mètres carrés supplémentaires. Le nouveau terminal à conteneurs, sur les bords du Rhin, est directement relié au terminal trimodal. Autre projet, Duisport a annoncé également une nouvelle coopération avec l’entreprise CargoBeamer, de Leipzig en ex-RDA, visant à augmenter le trafic ferroviaire, en automatisant le transbordement des semi-remorques à bord des trains. 

Boutique