Après les années difficiles de la crise économique, les principaux opérateurs mondiaux de terminaux à conteneurs alignent des chiffres positifs pour l’année 2017. Les premières estimations de trafics, données par CTS (Container Trade Statistics), estiment que le trafic mondial conteneurisé s’est élevé à 162,3 MEVP transportés dans le monde, soit une progression de 5 %. Cela signifie pour les opérateurs de terminaux au moins le double (chaque mouvement dans un port comptant pour un EVP, voire plus quand le même conteneur a été transbordé). Des chiffres publiés par le consultant néerlandais Dynamar dans sa lettre hebdomadaire du 9 février. Selon le consultant britannique Drewry, le volume traité dans les ports aurait progressé de 6 % en 2017. Des chiffres qui se rejoignent et montrent que le monde de la conteneurisation a profité de la sortie du tunnel de la crise.
L’année passée a surtout été marquée par la restructuration des grandes alliances armatoriales. L’entrée en service de 2M et de l’Ocean Alliance sur les routes Est-Ouest a été l’occasion pour les opérateurs de terminaux de démontrer leur poids dans les différents continents. En avril, ONE, Ocean Network Express (regroupant les trois armements japonais MOL, NYK Line et « K » Line), entre en service. Déjà les armements ont fait leur choix des dessertes portuaires. « Un moment qui a été crucial pour notre industrie », explique le président du groupe PSA (Port of Singapore Authority).
Le principal moteur de cette industrie demeure l’Empire du milieu dont les volumes ne cessent de croître. Shanghai a dépassé le cap des 40 MEVP traités en un an en 2017. Les manutentionnaires présents dans les ports chinois ont surfé sur cette vague. China Merchants Port et Cosco Shipping Ports le constatent dans leurs résultats annuels. Pour le groupe coté à la bourse de Hong Kong depuis 25 ans, China Merchant Ports a terminé l’année avec un volume traité de 102,9 MEVP. Les trois quarts de ce trafic sont réalisés dans les ports de la Chine continentale. Les terminaux situés à Hong Kong et Taïwan sont considérés indépendamment et ont traité 7,5 MEVP. Le groupe chinois met l’accent sur la bonne performance des terminaux dans les ports situés à l’étranger. Entré dans le port de Hambatota, au Sri Lanka, et à Paranagua, au Brésil, China Merchants Port assure avoir fait une bonne performance compte tenu de la croissance de ces terminaux au cours de l’année. De plus, il insiste aussi sur l’excellente année réalisée dans le port de Lomé, au Togo, qu’il détient au travers de sa prise de participation dans Terminal Investment Limited avec MSC. Le port togolais a réalisé un trafic en hausse de 67,5 %. L’autre groupe chinois, Cosco Shipping Ports, suit à quelques longueurs China Merchants Ports avec un trafic de 87,3 MEVP réalisés en 2017, en progression de 12,6 %. Dans le reflet des résultats de China Merchants Ports, les terminaux chinois pèsent lourd dans la balance mais n’ont pas été les plus performants de l’année. Depuis le Bohai Rim, au nord de la Chine jusqu’aux terminaux dans le Sud-Ouest du pays, China Shipping Ports a réalisé un trafic de 68,5 MEVP, en progression de 10,5 %. Sur le seul port de Shanghai, Cosco Shipping Ports réalise 9,1 MEVP, soit 13 % de son trafic chinois. L’opérateur, filiale du groupe d’État Cosco, a enregistré sa plus forte progression sur les terminaux étrangers. Avec un trafic de 18,8 MEVP réalisés hors de Chine, Cosco Shipping Ports joue la carte de l’internationalisation. Le groupe apparaît aussi comme un levier pour le gouvernement dans le cadre de son initiative One Belt One Road, de la Route de la Soie. Les investissements dans des ports comme Le Pirée, en Grèce, Suez, en Égypte ou encore Anvers et Rotterdam donnent à cet opérateur un réseau qui s’étend aux frontières de ce projet de One Belt One Road. Cosco Shipping Ports a néanmoins su apporter dans les ports qu’il a pris en gestion un nouveau dynamisme à l’image du Pirée qui a vu ses trafics conteneurs multiplier par cinq en quatre ans à 3,6 MEVP.
DP World progresse de 10,1 %
Le groupe PSA, Port of Singapore Authority, se place en troisième position de ces opérateurs chinois, avec un trafic de 74,2 MEVP, en hausse de 9,8 %. Comme ses homologues asiatiques, PSA a consolidé son réseau à l’international. Aujourd’hui, le groupe réalise une majorité de ces mouvements dans les ports étrangers. Avec 40,9 MEVP traités en 2017, ces terminaux ont vu leurs volumes augmenter de 10,4 %. Les terminaux basés à Singapour ont pour leur part progressé de 9 % à 33,3 MEVP.
Dans ce concert international des opérateurs de terminaux conteneurs, le groupe émirati DP World a vu ses volumes augmenter de 10,1 % à 70,1 MEVP. Des chiffres que le président du groupe attribue avant tout à sa division Europe, Moyen-Orient et Afrique qui a réalisé une hausse de 11,5 % à 29,3 MEVP. L’Asie et le sous-continent indien viennent ensuite avec 31,9 MEVP et une hausse de 7,9 %.
Le premier groupe de manutention européen est la filiale du groupe AP Moller-Maersk, APM Terminals, qui réalise un trafic de 39,7 MEVP. Des chiffres consolidés, à savoir qui tiennent compte de la participation du groupe dans chaque terminal. Le groupe est actuellement en pleine restructuration. Il a procédé, l’an passé, à plusieurs départs. Il a désinvesti dans un terminal terrestre britannique, dans le terminal de Zeebrugge et à Dalian, en Chine. En échange, il a pris position dans de nouveaux ports à Lazaro Cardenas, au Mexique, à Izmir, en Turquie, et à Quetzal, au Guatemala. Il a aussi posé un premier pied dans les terminaux terrestres en Amérique du Sud en prenant en concession celui de Sullana au Pérou dans la première région productrice de raisin, de bananes et de mangues du pays. Des rumeurs courent actuellement laissant entendre qu’il pourrait encore se désengager d’autres terminaux en Europe du Nord. Au global, APM Terminals affiche des chiffres un peu décevants avec une diminution de son chiffre d’affaires par mouvement. Une baisse qui s’explique par les effets de restructuration d’une part mais aussi un taux d’utilisation des terminaux en baisse de trois points à 66 % en raison de l’augmentation de la capacité des terminaux.
Les chiffres 2017 restent malgré tout globalement bons. Selon les premières estimations publiées par le consultant britannique Drewry, 2018 devrait s’inscrire dans la même veine avec une hausse de 4 %. Et le consultant d’aller à prédire une croissance de 2 % par an sur les cinq prochaines années.