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Interview

Jean-Yves Baeteman, Batimex  : "L’avenir dira si les sociétés françaises supporteront le double choc des grèves et du coronavirus"

Actu-Transport-Logistique.fr | Maritime | publié le : 12.02.2020 | Dernière Mise à jour : 12.02.2020

Thibault et Jean-Yves-Baeteman, directeur et président de Batimex.

Crédit photo NBC

Installé en Provence, Jean-Yves Baeteman commercialise des luminaires qu’il fait fabriquer dans des usines chinoises et espagnoles. Habituellement optimiste, ces derniers mois l’importateur affronte le gros temps. Depuis décembre, comme tous les importateurs et exportateurs français, il essuie les dégâts collatéraux de la grève dans les ports français contre la réforme des retraites. Une grève historiquement longue, à laquelle vient s’ajouter une deuxième catastrophe pour son activité, la fermeture des usines chinoises depuis l’apparition du coronavirus. Le chef d’entreprise raconte.

Actu-transport-logistique : Quel est l’impact des grèves dans les ports français sur votre activité ? 

J.-Y. B. : Nous subissons depuis deux mois des grèves non contrôlées de la CGT au port de Fos-sur-Mer. En deux mois ce sont des milliers d’entreprises qui ont été touchées par la fermeture du deuxième port de marchandises français. Suite à ces fermetures intempestives et illégales, les compagnies maritimes ont décidé de ne plus escaler au port de Fos. Elles n’ont plus pris le risque financier d’être immobilisées et ont toutes décidé de "fuir" Fos et de rejoindre d’autres ports de Méditerranée comme Barcelone, Gênes, Valence et même Le Pirée. Des milliers de conteneurs ont été débarqués dans ces ports et ont continué leur route vers les ports du Nord. Le préjudice pour nos sociétés est colossal et se profile à l’horizon une crise économique sans précédent pour l’ensemble des sociétés nationales. Préjudice financier, dû au paiement des pénalités de retard, aux commandes annulées, aux surfrets à payer pour rapatrier les conteneurs et aux pertes de marchés. Localement le MEDEF, la CCI, UPE13 ont tous pris pleinement conscience des conséquences désastreuses que ces grèves allaient entraîner dans le futur. L’Etat n’a pas été capable d’intervenir et la situation n’a pas évolué. 

ATL : Vous importez à 80 % vos produits de Chine. L’épidémie de coronavirus menace-t-elle votre activité ?  

J.-Y. B. : Nos imports viennent principalement des ports de Ningbo, Shenzen, à proximité de nos usines. Il n’y a plus de chargement. Tout est stoppé, plus aucun camion ne circule. Le Nouvel An Chinois étant célébré le 25 janvier, les usines devaient reprendre le travail le 3 février. Le 12 janvier un virus inconnu s’est déclaré en Chine, le Coronavirus détecté à Wuhan. La ville de 12 millions d’habitants a été totalement fermée, mise en "ghetto", avec un chekpoint à l’entrée et à la sortie de la ville. Tous les aéroports, les gares et les accès routiers sont fermés. Nous assistons à une rupture totale avec le monde extérieur pour empêcher le virus de se propager. Le gouvernement a décrété que la reprise du travail était reportée au 10 février. Toutes les lignes aériennes vers et en provenance de Chine ont été supprimées. 

Nos contacts sur place sont très inquiets de ce phénomène qu’ils ne maîtrisent pas et qui va engendrer des pertes colossales.

ATL : Que vous disent vos fabricants Chinois ? 

J.-Y. B. : Nos usines nous informent qu’elles ne rouvriront pas en février, ni en mars, car les ouvriers ne reviendront plus. L’économie chinoise est en stand by et la consommation des carburants a chuté en 25 % en un mois. Nous devons prendre acte de la réalité de ces faits historiques que nous sommes en train de vivre qui s’apparentent à une situation de guerre. Dans l’hypothèse où les usines ouvriraient en mars, nous pourrions espérer obtenir des réapprovisionnements en juin-juillet 2020. La saison étant déjà bien avancée, ce sera compliqué de rattraper le chiffre d’affaires perdu. Si les usines ouvrent en avril, il faudra tabler sur des approvisionnements en août, ce qui va se traduire par une chute du chiffre d’affaires de 25 % en 2020. Les autorités chinoises ont déjà annulé la Foire de Canton qui devait se tenir en avril. Si les usines sont relancées plus tard, notre année sera fichue. 

Nos contacts sur place sont très inquiets de ce phénomène qu’ils ne maîtrisent pas qui va engendrer des pertes colossales. Probablement la moitié des sociétés chinoises risquent de fermer et ne rouvriront pas. Les agents sont confinés chez eux avec interdiction de sortir. Les relations commerciales vont être lourdement impactées dans les mois qui viennent. L’avenir dira si les sociétés françaises supporteront ce double choc celui des grèves et du coronavirus. Il faudra s’attendre à des pénuries massives de tous les produits d’importation. Tous les secteurs sont touchés. Nous allons bientôt devoir expliquer à la grande distribution que de très grosses ruptures vont arriver dans les rayons et qu’il faudra surseoir au paiement de pénalités dans cette "situation de guerre". 

Auteur

  • Propos recueillis par Nathalie BUREAU DU COLOMBIER

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