Marseille Fos a inauguré ses opérations de soutage en GNL

L’événement est considéré par ses promoteurs comme une étape majeure dans l’histoire du soutage en GNL en France. Marseille Fos, CMA CGM et TotalÉnergies ont donné à voir le 21 janvier le premier avitaillement du tout neuf porte-conteneurs CMA CGM Bali qui opère sur la ligne Asie-Méditerranée. Au total, ce sont neuf navires qui viendront s’avitailler à Fos auprès du Gaz Vitality de TotalÉnergies. 

Dans la discrétion d’un jour sotto voce, comme tous ceux qui encadrent la trêve sacrée des confiseurs, le Gaz Vitality avait été, le 30 décembre, chargé de GNL au terminal Elengy de Fos Cavaou, signalant ainsi son entrée en service. On savait donc « la première » imminente.

C’est par un jour saturé de lumière grâce à un mistral qui avait chassé les nuages que CMA CGM, le port de Marseille et TotalÉnergies Marine Fuels (TMFGS) ont mis en scène un « événement de dimension mondiale », n’a pas hésité une once Hervé Martel, le président du directoire du port phocéen, ancien Havrais gagné par l’emphase marseillaise.

« C’est une étape majeure dans l’histoire du soutage de GNL en France et la première fois qu’on a une barge dans un port d’attache français », dira plus sobrement Philippe Charleux, vice-président en charge de l’activité lubrifiants et soutage de TotalÉnergies,

De toute évidence, le mistral s’est incrusté dans la conversation même s’il y avait beaucoup de choses à raconter à une presse vorace en belles images. Le vent glacial de 22 nœuds qui a tabassé la darse 2 de Fos le 21 janvier n’a pourtant pas dissuadé le Gaz Vitality, récemment sorti des chantiers chinois Hudong-Zhonghua Shipbuilding, de réaliser sa première approche bord à bord du CMA CGM Bali, amarré à l’un des portiques de Portsynergy-Eurofos, le terminal à conteneurs de Fos dont CMA CGM est actionnaire via Terminal Link aux côtés de DP World.

En décembre, lors du chargement du Gaz Vitality au terminal Elengy de Fos Cavaou. ©Elengy

Une opération de 15 heures

Le micro-méthanier de 135 m de long, qui se meut au moyen d’une propulsion par azipods et de deux propulseurs d’étrave, a opéré la manœuvre une heure durant, 14 marins à bord, sous le pilotage de la capitainerie du GPMM en connexion directe avec le commandant du navire.

« Il faut compter 15 heures pour la totalité de l’opération, dont cinq à six heures pour le transfert du gaz à proprement parler, explique pédagogue Laurent Paschetta, le directeur des opérations du Portsynergy-Eurofos. Avant, il faut préparer les connexions, purger les flexibles, vérifier les check-list… ». Au nombre de trois, deux flexibles assurent le débit du GNL vers le porte-conteneur, le troisième permet la restitution depuis la cuve du porte-conteneurs « suivant le principe des vases communicants ».

Mais l’opération n’altère en rien les opérations de chargement et déchargement des conteneurs qui se poursuivent en parallèle, excepté dans une zone sacralisée près des branchements pour des raisons de sécurité en cas de fuite accidentelle, poursuit le manutentionnaire.

Concentré de technologies françaises

D’une capacité de 18 600 m3, le souteur, qui était cette fois chargé de 6 600 m3 de GNL, promet un taux de chargement et d'avitaillement jusqu'à un maximum de 2000 m3/h.

Avec son tirant d’eau de 6 m et son mode de propulsion, « il est extrêmement manœuvrable et ne nécessite pas de remorqueur », vante Philippe Charleux qui insiste sur ce concentré de technologies françaises : les cuves du navire, classé par le Bureau Veritas, sont dotées des membranes Mark III du français GTT et utilise lui-même le GNL comme carburant de propulsion, intégrant une re-liquéfaction complète du gaz d'évaporation (équipements fournis par Air Liquide et Cryostar)

Exemplaire jusqu’au bout, il vient étoffer la flotte gazière française puisqu’il est armé sous pavillon français, dont la gestion a été confiée à V-Ships France.

Pendant la phase d’approche. ©AD

Constitution d’un hub de GNL

« C’est un acte stratégique très fort car cette opération permet d’amorcer à Marseille Fos la constitution d’un véritable hub GNL, se réjouit Hervé Martel. Si l’on dit le gaz naturel de transition, il reste la meilleure solution actuellement et encore pour quelques décennies. »

Et à cet égard, tout en glissant dans la conversation avoir accordé une « petite réduction sur les droits de port » pour accompagner la mise en place de la nouvelle filière, il tient à saluer les « deux décisions stratégiques » de Rodolphe Saadé, qui a fait le choix précurseur et d’avoir investi dans des porte-conteneurs au GNL (44 commandes à ce jour dont 24 en service) et d’avoir choisi Marseille pour l’avitaillement de certains d’entre eux (les 15 000 EVP exploités sur la ligne Mex 1).

« Nous disposons désormais de cette offre et il n’y a pas tant que cela de ports dans le monde capables d’accueillir ces navires », poursuit le directeur du port, espérant aussi intéresser les exploitants de paquebots (MSC Croisières est un des clients du Gaz Vitality) et de ferries.

Pourquoi Marseille ?

Pourquoi Marseille ? anticipe Christine Cabau-Woehrel, toujours avec le proverbial sens de l’efficacité. Pour la responsable de la flotte et des actifs au sein du groupe CMA CGM, la présence de terminaux méthaniers est naturellement un atout. Mais aussi, « le GPMM a très tôt lancé les moyens en matière d’études de danger, de cahier des charges, d’analyse des risques pour être le premier port français à opérer un avitaillement régulier », ajoute celle qui a précédé Hervé Martel à la tête du port.

« Le GNL n’est pas la fin de l’histoire mais le début de celle de la transition énergétique du transport maritime, tient-elle surtout à souligner alors qu’il est toujours reproché à ce gaz d’être imparfait, à savoir encore trop fossile pour certains. Ces navires pourront demain, avec les avancées de la technologie, charger aussi du biométhane puis du méthane de synthèse dans un temps un peu plus long. Tous nos navires sont d’ores et déjà configurés pour recevoir ces molécules sans modifications majeures. Sur le territoire de Marseille, on travaille aussi à la production de méthane de synthèse. »

Pour amorcer la pompe à une filière de production, dont le facteur déterminant sera la disponibilité, CMA CGM a acheté 25 000 t de biométhane, produit entre autres à partir de déchets d’origine organique et végétale valorisés au sein d’unités de méthanisation. Le troisième armateur mondial, basé à Marseille, est aussi partenaire avec Elengy, TotalÉnergies et Everé d’un projet qui vise la production de biométhane liquéfié, version non fossile du GNL, au sein du port de Marseille.

©AD

Neuf navires-clients récurrents 

D’une capacité nominale de 14 812 EVP (chargé cette fois de 13 000 EVP), le CMA CGM Bali, porte-conteneurs qui opère sur sur la ligne Asie - Méditerranée MEX 1 appartient à la série des six navires affrétés auprès du singapourien Eastern Pacific Shipping (Cyril Ducau, son directeur général, était d’ailleurs présent pour l’événement). Mais ce sont au total neuf navires en tout qui viendront s’avitailler régulièrement auprès du Gaz Vitality à Marseille tandis que son sistership, le Gaz Agility, opère à partir de Rotterdam pour alimenter notamment les neuf mégamax de 23 000 EVP de l’armateur français.

TotalEnergies attend désormais son troisième souteur 

TotalÉnergies, qui affrète à MOL les Gaz Vitality et Gaz Agility via sa filiale TMFGS, revendique être le deuxième acteur mondial de GNL (derrière Shell) avec une capacité de production de 50 Mt par an à l’horizon 2025 et une part de marché mondial de 10 %. Philippe Charleux estime que le combustible représentera 10 Mt en 2025 et 30 Mt en 2030 alors que le marché mondial, tous carburants confondus, est actuellement de l’ordre de 220 Mt, dont 50,04 Mt en 2021 pour Singapour, le premier hub mondial de soutage.

Le groupe français attend désormais son troisième micro-méthanier, en construction sur le chantier singapourien Sembcorp. Opéré en partenariat avec Pavilion Energy, il est destiné à fournir le port de Singapour en GNL à partir de 2022, TMFGS ayant obtenu en février 2021 sa licence de la Maritime & Port Authority of Singapore (MPA). Dénommé Brassavola en référence à l’emblématique orchidée singapourienne, l’avitailleur d’une capacité de 12 000 m3 doit être livré cet été.

Dans l’immédiat, la major démarre à Marseille avec deux contrats à long terme (MSC et CMA CGM), pourrait prochainement « avoir quelque chose à annoncer », et n’exclut pas, une fois la « régularité des escales » stabilisée, de répondre à une demande en spot étant entendu cependant que les clients contractuels garderont la tour de faveur.  

Adeline Descamps

 

 

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