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Fabrice Norgeux, Carsat Aquitaine : "Tout ce qui est en amont va avoir un impact sur le conducteur"

Actu-Transport-Logistique.fr | Routier | publié le : 19.10.2022 | Dernière Mise à jour : 19.10.2022

Fabrice Norgeux est ingénieur conseil, responsable transport et risques routier pour la Carsat Aquitaine.

Crédit photo DR

La Carsat (Caisse d’assurance retraite et de santé au travail) Aquitaine est particulièrement impliquée dans la prévention de la sécurité routière. Fabrice Norgeux, ingénieur conseil, responsable transport et risques routier, explique pourquoi, ainsi que les différentes actions mises en place ces dernières années.

Actu-Transport-Logistique : La Carsat Aquitaine est particulièrement dynamique sur le risque routier. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
Fabrice Norgeux :
 En Aquitaine, on définit des programmes régionaux sur lesquels on souhaite travailler. En 2017/2018 par exemple, on a déployé un programme régional baptisé "En route vers la prévention". Pour vous donner des chiffres parlants et pourquoi on s’est spécialisés dans le risque routier du transport de marchandises : deux codes NAF représentent 2 % de l’effectif national en termes de salariés. Ces métiers ont 2 à 3 fois plus d’accidents que les autres et 2 à 3 fois plus graves, avec des risques d’incapacité permanente, et surtout presque 10 % des tués au travail.

Quand on réfléchit aux problèmes de recrutement actuel de cette profession, cela représente 2,2 millions de journée perdues, dues à des accidents du travail. Soit 10 000 salariés immobilisés pendant un an. Ce sont des coûts que les entreprises vont payer puisqu’on va leur augmenter le taux de cotisation en fonction du nombre d’accidents.

ATL : Vous allez augmenter ces taux au global ou en particulier ?
F. N. :
Les structures de plus de 150 salariés vont voir augmenter le taux de cotisation en fonction du nombre de jours d’arrêt de travail, en revanche pas celles de moins de 20 salariés, qui ont toutes le même taux, soit 5,5 % environ de la masse salariale. Car elles sont déjà lourdement impactées par le manque d’un salarié.

Pour les TPE le coût est recalculé tous les ans en fonction de l’accidentologie. Si celui-ci a été faible, il y aura une baisse de taux. D’où l’intérêt pour les entreprises de faire de la prévention.

ATL : Avez-vous déployé d'autres actions spécifiques ? Notamment en matière de financement.
F. N :
Tout à fait. En 2014/2016 on a mené un programme d’aides financières destiné aux entreprises de moins de 50 salariés, pour des dispositifs de sécurité sur leurs poids lourds : climatisation ou chauffage autonome, ou un ralentisseur complémentaire. En termes d’accidentologie, il faut savoir que 90 % au moins des accidents du travail dans le transport routier de marchandises ont lieu avec le véhicule à l’arrêt, et 50 % des accidents du travail surviennent lors des phases de manutention : port de colis, manipulation d’un transpalette manuel. On s’abime les bras et le dos. Pour 30 % ce sont des chutes de cabines ou de plateau, ou des accidents lors de la circulation autour du véhicule.

Les accidents ont lieu quand le véhicule ne roule pas

Le transport routier représente 10 % des accidents du travail, mais tout de même 70 % des accidents mortels de la profession. On travaille donc sur deux leviers : la manutention – qui représente 80 jours d’arrêt en moyenne pour un accident du travail –, et le risque routier car il peut être mortel.

On peut aussi financer ce qui est bâchage débâchage depuis le sol pour éviter les chutes en hauteur, des béquilles motorisées et des hayons pour aider la manutention manuelle. Ces aides ont eu un certain succès car elles ont été portées par les fédérations auprès de leurs adhérents. Une centaine d’entreprises en ont bénéficié, avec 160 000 € sur 2 ans.

ATL : Les actions de prévention dépendent-elles du dirigeant ?
F. N. :
En 2017/2022, nous avons développé un programme expérimental : dans les PME et entreprises intermédiaires, seuls 17 % des dirigeants lancent des actions préventives. Très souvent l’accident arrive car le conducteur roulait trop vite, ou par manque d’attention. Mais on ne se questionne pas sur ce qui se passe en amont, à savoir l’organisation du travail. C’est pourtant fondamental car le conducteur est en bout de chaîne.

Tout ce qui est en amont va avoir un impact sur la conduite du salarié : sur sa fatigue, sa charge physique, mentale. Cela va se traduire par des problèmes de dos et d’épaule, des prises de médicaments, qui peuvent avoir un impact au niveau de la conduite. On le voit tout est lié.

ATL : Comment les avez-vous conseillées ?
F. N. :
On a formé des ergonomes au risque routier pour comprendre l’organisation du travail réel dans l’entreprise, avec des outils de diagnostic élaborés par la Carsat Aquitaine, et trouver des pistes d’amélioration. Pour les entreprises volontaires de moins de 50 salariés, 70 % de son intervention pouvait être financée.

On a aidé au financement du plan d’action : 70 % pour les outils intellectuels, comme la formation à la conduite préventive, et 50 % pour les équipements, aménagements de véhicules utilitaires légers, transpalettes motorisés. Avec une enveloppe maximale de 25 000 € par entreprise.

Dans le transport routier de marchandises il n’y a malheureusement pas eu d’entreprise volontaire. Faire de la prévention du risque routier, c’est optimiser les trajets. Il va y avoir un gain de temps, de carburant, d’usure de véhicules, de pneumatiques, car la première des préventions c’est de moins se déplacer. Dans d’autres secteur on a travaillé sur le port de charges lourdes dans le transport de personnes en travaillant sur les TMS (troubles musculo-squelettiques). Pour un transport de bouteilles de gaz, on a mis en place des outils motorisés ou des solutions d’arrimage que l’on a aidé à concevoir.

L’ergonome travaille aussi à ce niveau. L’installation et l’aménagement dans les camionnettes ont été revus pour que les objets ne se baladent plus car en cas de choc le conducteur peut être impacté physiquement. Même si ce programme est terminé nous pourrions encore le déployer au niveau régional grâce à un dispositif financier national qui permet d’aider les entreprises de moins de 200 salariés. 

Rôle de la Carsat

La Carsat (Caisse d’assurance retraite et de santé au travail) dépend de la branche assurance maladie des risques professionnels pour tout ce qui est accident du travail et maladies professionnelles. C'est l’assureur social obligatoire de toutes les entreprises qui ont au moins un salarié, soit plus de 19 millions de salariés couverts. Des contrôleurs sécurité conseillent, visitent les entreprises pour faire de la prévention des risques professionnels, pour informer sur le risque routier en l'occurrence. Ils peuvent aussi effectuer des visites inopinées suite à une plainte de salarié.

 

Auteur

  • Propos recueillis par Marie-Helen Gallon

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