Transport routier : le pavillon polonais accroît sa domination en Europe

L'étude du CNR sur le transport routier de marchandises en Pologne note que les infrastructures routières se sont considérablement améliorées depuis 5 ans.

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Le Comité national routier vient de publier une étude sur le transport routier de marchandises en Pologne. Le pavillon polonais confirme sa domination à l'international, avec une multiplication par 10 en sept ans du cabotage. Le coût de revient kilométrique reste 34% inférieur au niveau français.

Des chiffres édifiants recueillis dans un climat tendu... Le Comité national routier (CNR) a pris son bâton de pèlerin pour actualiser sa précédente étude de 2011 sur le transport routier de marchandises en Pologne (TRM). La nouvelle mouture, publiée le 10 janvier, apporte un éclairage objectif sur un phénomène connu : l'expansion du pavillon routier polonais.

Les quelque 80 000 entreprises de transport routier polonaises, qui emploient plus de 230 000 personnes, ont réalisé un chiffre d'affaires de 24,8 milliards d'euros en 2015, ce qui représente un doublement par rapport à 2009. Le trafic, lui, a triplé depuis l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne en 2004, atteignant 260,7 milliards de tonnes-kilomètres en 2015.

Un gros différentiel de coût avec la France

Il faut dire que le pavillon polonais est particulièrement compétitif, avec un coût kilométrique (hors coût de structure) qui se situe "34% en dessous du niveau français", selon les calculs du CNR qui a mené des entretiens sur place. L'écart se réduit donc peu par rapport aux 38% constatés dans l'étude de 2011. Si l'on y ajoute les frais de structure, on aboutit à un coût compris entre 0,76 € et 0,79 €/km, "conforme aux déclarations des professionnels" qui annoncent un coût de revient inférieur à 80 centimes en moyenne.

Le coût des conducteurs, en particulier, reste très bas : 0,16 €/km contre 0,45 €/km en France, où les salaires ont également "peu évolué depuis 2011", remarque le CNR.

Domination croissante à l'international

Le TRM polonais représente aujourd'hui 14,7% du volume réalisé par les 28 membres de l'Union européenne. Il se classe au 2e rang derrière l'Allemagne, et surtout au 1er rang pour le seul transport international avec 28% de parts de marché. Sur ce segment, la Pologne est devenue leader dès 2007 et sa domination ne cesse de croître, ce qui permet d'ailleurs de compenser (largement) la stagnation du transport national constatée depuis 2013.

Les chiffres provisoires de 2016 confirment la tendance : le pavillon polonais enregistre une croissance de 11,5% contre 5,9% seulement pour le TRM européen.

Le cabotage multiplié par 10 en sept ans

Le poids du transport international, avec 156 milliards en 2015, avoisine les 60% du volume réalisé par le pavillon routier polonais en termes de tonnes-kilomètres. Sur ce total, le cabotage reste relativement modeste, puisque qu'il totalise 9,55 Mt. Mais sa part est passée de 1% en 2008 et 6% en 2015, et le volume a été multiplié par 10 en sept ans, relève le CNR. "Les deux pays où le pavillon polonais cabote le plus sont l'Allemagne (67%) et la France (12%)", précise le CNR. L'augmentation est toutefois moins rapide en France. En volume, le cabotage réalisé par le pavillon polonais a été multiplié par 5 dans l'Hexagone et par presque 30 en Allemagne.

Par ailleurs, le pavillon polonais "a réussi à créer et à dominer un nouveau marché, celui du transport international entre pays tiers", remarque le CNR. Ce trafic représentait 44,4 Mt en 2015, contre 53,3 Mt pour les exportations au départ de la Pologne et 48,9 Mt pour les importations.

Quelques signaux d'alerte

Malgré ces résultats à faire pâlir d'envie les pavillons occidentaux, le CNR constate des inquiétudes chez les transporteurs polonais, qui "doutent de la viabilité de leur profession".

  • Pression sur les marges

Les marges s'érodent ave la baisse générale des prix de transport en Europe. Actuellement ils sortent gagnants de la guerre des prix entre pavillons de l'Est, dans un contexte où le prix de carburant baisse plus fortement en Pologne qu'ailleurs, mais ils sont conscients des dangers d'un éventuel retournement, dans la mesure où ils ne sont protégés par aucun mécanisme d'indexation", note le CNR.

  • Réveil des pays de l'Ouest

Les transporteurs polonais se disent également préoccupés par "les tentatives de durcissement des règles de marché" lancées par des pays de l'Ouest qui ont enfin pris la mesure de la menace. L'Allemagne a lancé la contre-offensive avec l'application du SMIC, bientôt suivie par la France qui a ajouté l'obligation de passer le repos hebdomadaire normal en dehors de la cabine. Des mesures "très mal reçues", selon le CNR, qui souligne d'ailleurs avoir ressenti ce climat de tension au cours de son enquête, se heurtant parfois à une "méfiance" grandissante des transporteurs polonais et des responsables administratifs. Le clivage Est-Ouest, évident dans le cadre des négociations du paquet Mobilité européen, trouve manifestent un écho sur le terrain.

  • Difficultés de recrutement

"En l'espace de cinq ans, l'apparition d'un manque de conducteurs a affaibli l'avantage principal du secteur sur lequel reposait l'attractivité du pavillon polonais, à savoir la productivité", estime le CNR. Sans compter qe les conducteurs polonais commencent eux aussi, dans ce contexte porteur, à revendiquer des tournées plus courtes et des retours plus fréquents à leur domicile. Toutefois, pour l'instant, le coût du conducteur progresse peu, car "les transporteurs polonais n'hésitent pas à faire appel aux conducteurs étrangers (notamment ukrainiens, russes, géogiens ou kazakhs) pour limiter la hausse de ce poste de coût stratégique".


 

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