Aproport : le choix gagnant du ferroviaire

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Malgré une année difficile côté fluvial, Aproport, gestionnaire des ports de Chalon-sur-Saône, Mâcon et Pagny, a su tirer son épingle du jeu grâce à ses investissements récents dans le rail. Une année « à oublier » mais qui comporte « de bonnes nouvelles ». Directeur général de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Saône-et-Loire, Pascal Leyes est confiant sur l’avenir d’Aproport. Géré par la CCI, ce service, qui assure la gestion des ports de Mâcon, Chalon-sur-Saône et Pagny, a sauvé les meubles grâce à un beau travail sur le ferroviaire. 2020 a pourtant été difficile dès janvier. Les grèves à la SNCF en lien avec la protestation contre la réforme des retraites puis l’accident de l’écluse de Sablons ont freiné les activités des ports sur la Saône et le Rhône. Les dégâts liés à la crise du Covid-19 et la suspension de la ligne Le Havre-Chalon-sur-Saône n’ont rien arrangé. « Nous sommes sur une baisse du chiffre d’affaires de 25 % sur 2020 », note Pascal Leyes

Si Aproport connaît un repli de 14 % sur le fluvial (27 % de son activité), le ferroviaire est lui en hausse de 12 % (20 % de l’activité) tout comme le routier (+ 5 %). Le nombre de rentrées de trains a été multiplié par deux entre 2019 et 2020. « Le routier représente 53 % de notre activité car nos véhicules « coiffent » les deux autres activités », complète, à ce propos, Stéphane Trouillet, directeur d’exploitation des trois ports. Au cours de cette année 2020 difficile, la structure a également perdu un client historique mâconnais dont il gérait les produits finis…. Avant de le retrouver. Aproport travaille de nouveau avec lui sur la fourniture de matières premières.

Autoroute ferroviaire à Mâcon

Grâce à des investissements consentis en 2019, le port de Mâcon a pleinement profité de son positionnement sur l’autoroute ferroviaire entre Calais et Le Boulou (Pyrénées-Orientales). « Elle nous a fait beaucoup travailler durant le premier confinement à partir de mars 2020. Nous avons réussi à ne pas garder nos deux pieds dans le même sabot », relève Pascal Leyes

En 2019, Aproport a mis en place un terminal de ferroutage dédié à cet autoroute de 5 000 m2. Une nouvelle locomotive, capable de gérer les véhicules de fret lourds, a été achetée, ainsi que deux nouveaux engins pour effectuer le traitement des remorques sur le terminal. L’investissement total atteint 50 000 euros. Aproport gère 1 100 mètres de voie linéaire à Chalon et 1 650 mètres de voie linéaire à Mâcon. En tout, le service gère 20 km de voies ferrées entre les deux structures.

Cette expérience et ces investissements ont payé en 2020. Entre le port et la gare de Mâcon, 1 000 trains ont circulé pour transporter 11 000 semi-remorques préhensibles de type P400. Le résultat est visible : malgré un transport de conteneurs en berne (-54 %), l’explosion de l’activité liée aux semi-remorques (+64 %) vient aider la structure bourguignonne. Cela permet à Aproport d’annoncer une augmentation de 10 % du nombre d’EVP traités sur 2020. Le transport global en volume est resté stable (+1 %).

Il faut rappeler qu’Aproport a été le premier port fluvial français à disposer de l’autorisation de circuler sur le réseau ferré national avec ses propres moyens humains et matériels. Un plus qui lui a permis de développer cet atout.

Des projets à l’étude

Deux nouvelles liaisons rails sont à l’étude. La première permettrait de lier Mâcon à la Belgique, et donc à  l’Europe du Nord, via l’opérateur de transports combinés Viia. La deuxième concernera Chalon-sur-Saône-Le Havre.

En décembre, une ligne rail-route, opérée par Openrail, pour les Transports Becker et Combronde (actionnaire d’Openrail), a vu le jour pour lier Chalon-sur-Saône et Fos-sur-Mer. Une offre qui vient compléter celle proposée par l’opérateur Delta Rail. Implanté à Aix-en-Provence, ce dernier fait circuler deux trains par semaine. Une troisième rotation est envisagée pour 2021 (voir encadré).

Deux autres projets sont à l’étude. À Mâcon, un centre de formation de conducteurs de trains de fret devrait voir le jour et une formation Bac + 5 en logistique et transport multimodal doit ouvrir à Chalon-sur-Saône. Pascal Leyes conclut : « C’est simple, nous voulons être « 5F » en référence à  4F pour fret ferroviaire français du futur de l’alliance montée pour développer le fret ferroviaire. Nous ajoutons le F de fluvial ».

Des démarches sont également en cours afin de faire d’Aproport un opérateur ferroviaire de proximité (OFP). L’objectif vise à permettre aux ports bourguignons de « rayonner » autour de leurs terminaux. Une liaison entre Mâcon et Chalon-sur-Saône pourrait être envisagée. Les dirigeants espèrent aller vers cette évolution en 2021 ou 2022.

Une liaison Chalon-Fos

Aproport a vu l’arrivée récente d’une entreprise investissant massivement dans le ferroviaire : Combronde. Le 14 décembre 2020, le groupe de transports, basé à Thiers (Puy-de-Dôme), s’est associé avec les Transports Becker, installés à Chatenoy-le-Royal (Saône-et-Loire) pour ouvrir une ligne multimodale entre Chalon-sur-Saône et Fos-sur-Mer.

« Combronde n’était pas installé en Bourgogne. C’est pourquoi nous nous sommes associés aux Transports Becker. Notre stratégie est de développer notre réseau et notre maillage pour faire face à l’augmentation de la demande de nos clients pour le combiné rail-route », explique François de Beauregard, directeur général de Prestalog, filiale du groupe auvergnat chargée de développer l’infrastructure ferroviaire. Opérée par Openrail (ex-Ferrivia), une société d’exploitation dont Combronde est actionnaire, cette liaison fait, pour l’instant, rouler deux trains par semaine, aller-retour, entre la Bourgogne et la Méditerranée. Longs de 750 mètres et offrant une capacité de 2 000 tonnes, les convois peuvent transporter 120 conteneurs par semaine sur cet axe. À Fos-sur-Mer, la manutention est assurée par les terminaux maritimes. Ailleurs, elle sera prise en charge par Prestalog, filiale forte d’une centaine d’employés.

États-Unis, Moyen-Orient, Asie… Cette ouverture vers la Méditerranée permet de pousser l’offre de l’entreprise de transports à l’international pour ses clients. Au départ de Chalon-sur-Saône, la plupart des marchandises proviennent d’un périmètre de 150 km autour de la ville.

Selon Stéphane Trouillet : « Depuis le changement de service le 14 décembre2020, nous sommes sur un bon lancement avec un taux de remplissage des trains à 80 %. Cette offre vient compléter celle mise en place par l’opérateur Delta Rail ».

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