À la peine sur terre, l'Ukraine harcèle la Russie en mer Noire

La mer Noire fait l'objet d'un blocus maritime imposé par la Russie. L'enjeu, depuis deux ans, est d'assurer l'exportation des céréales.

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Affaiblie à terre face à la Russie, l'Ukraine multiplie les coups d'éclat en mer Noire avec la destruction d'un nombre important de navires russes. Insuffisants pour changer le cours de la guerre, ces succès n'en restent pas moins précieux, notamment au moment où le soutien occidental chancelle.

Le 14 février, l'état-major ukrainien a annoncé avoir détruit, au large des côtes de Crimée, le navire de débarquement russe Caesar Kunikov avec des drones navals.

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, n'a pas voulu commenter les affirmations ukrainiennes, et le ministère russe de la Défense est resté aussi silencieux sur l'incident, soulignant toutefois avoir abattu six drones ukrainiens "au-dessus des eaux de la mer Noire".

Actuellement, tout bateau russe coulé ou endommagé est "une victoire au plan informationnel" qui permet à Kiev "d'éclipser pour un temps les difficultés" sur la ligne de front terrestre, explique Igor Denaloë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe, basé à Moscou. "Cela permet aussi de présenter quelques résultats aux bailleurs occidentaux pour leur montrer que cela vaut encore la peine d'investir dans la défense ukrainienne", ajoute-t-il.

Ce type d'attaque "n'a pas d'impact sur le rapport de force à terre, qui est caractérisé par une dynamique générale assez défavorable à l'Ukraine", mais "cela valide la stratégie d'affrontement asymétrique ukrainienne en mer Noire", pointe le directeur adjoint.

En difficulté sur terre, l'Ukraine attaque la Russie en mer Noire

De fait, depuis le début du conflit, l'Ukraine n'a jamais lutté à armes égales avec la Russie dans le combat naval.

L'Ukraine a perdu "une grande partie de sa marine lors de l'occupation de la Crimée [par la Russie en 2014, NDLR]. C'est pourquoi ils ont mis en œuvre une stratégie de déni d'accès et interdiction de zone depuis le début de la guerre", usant pour cela de missiles fournis par les Occidentaux, de mines sous-marines mais aussi et surtout de drones navals développés par les Ukrainiens pour servir lors d'attaques kamikazes, explique Tayfun Ozberk, analyste naval et ancien officier de la marine turque.

Au début de son invasion de l'Ukraine, la Russie avait notamment cherché à utiliser sa puissance navale en mer Noire pour étrangler le commerce maritime vital pour l'Ukraine. Mais elle n'arrive désormais plus à empêcher le commerce ukrainien, comme en attestent "les expéditions de céréales revenues à leur niveau d'avant l'invasion", pointe Phillips O'Brien, professeur d'études stratégiques à l'Université St Andrews en Écosse. "C'est un échec extraordinaire pour les Russes que de perdre la capacité de contrôler le commerce ukrainien."

"Quant au plan défensif, les zones où ils peuvent opérer en toute sécurité sont restreintes. Les occasions de bombarder l'Ukraine avec des missiles sont moins nombreuses. Ils ont perdu des navires de débarquement qui sont importants d'un point de vue logistique [...] rendant l'approvisionnement de la Crimée plus difficile", souligne-t-il.

À plus long terme, "cela pourrait affecter la perception russe de la Crimée comme un territoire crucial qui ne peut être perdu", constate Dumitru Minzarari, chercheur au Baltic Defence College, basé en Estonie, l'un des objectifs de Kiev étant, selon lui, notamment d'essayer d'ébranler la détermination de la Russie.

Benoît Toussaint - Erin Flanagan

Transport maritime

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