Rubymar : place aux polémiques et aux inquiétudes face à la menace d'une double pollution

Rubymar

Le Rubymar a coulé dans la soirée du 1er mars au large du Yemen suite à des tirs de missiles des Houthis.

Crédit photo ©Centcom
Après le naufrage au large du Yémen du Rubymar suite à une attaque houthie, les responsabilités sont manifestement difficiles à établir tandis que les autorités locales s'inquiètent. Le navire représente une menace pour les écosystèmes marins alors qu'un demi-million de personnes vivent de la pêche dans ce pays le plus pauvre de la péninsule arabique.

Les autorités yéménites craignent désormais « une double pollution » à la suite du naufrage au large du port yéménite de Mokha (sud-ouest du Yémen) vendredi 1er mars du Rubymar, un vraquier chargé de 22 000 t d'engrais à base de sulfate de phosphate d'ammonium et qui, avant de sombrer, avait déjà laissé échapper 200 t de fuel et 80 t de diesel, provoquant une marée noire sur près de 40 km.

Parti des Émirats arabes unis le 8 février, attendu en fin de ce mois-là dans le port bulgare de Varna, le Rubymar a fait l'objet d'une attaque à deux coups dans le golfe d'Aden, revendiquée par les Houthis. Son affiliation britannique (remise en cause) avait été sous-entendue par la milice d'opposition au gouvernement yéménite, proche de l'Iran.

Le premier tir l'avait endommagé sur son flanc, provoquant une entrée d'eau dans la salle des machines et l'affaissement de sa poupe. Le second avait touché le pont mais l’équipage avait pu être évacué sain et sauf et rapatrié par avion.

Aucun port d'accueil

Le vraquier devait être remorqué, une fois la brèche dans la coque colmatée, vers le port le plus sécure, avait indiqué le courtier en affrètement du navire Blue Fleet. Roy Khoury, son directeur général, indique aujourd’hui à l’AFP que ni le gouvernement yéménite, ni Djibouti, ni l'Arabie saoudite, n'avaient accepté de l'accueillir.

Le ministre yéménite des Transports, Abdelsalam Hamid, a confirmé avoir refusé de le recevoir dans le port d'Aden, en raison d'un « risque environnemental » latent. Le président de l'Autorité yéménite pour la protection de l'environnement, Faisal al-Thaalbi, accuse pour sa part l'exploitant et le propriétaire du navire de ne pas « avoir répondu aux courriers officiels ».

Les responsabilités sont manifestement difficiles à établir et viennent témoigner à nouveau des montages parfois opaques derrière lesquelles se dissimulent les réelles propriétés des navires. Depuis quinze jours, les informations sur la propriété du navire ne cessent de se contredire si bien qu'il n'est désormais plus certain que le vraquier soit lié au Royaume-Uni si ce n'est son assurance, placée auprès du MGA britannique Thomas Miller, ont révélé nos confrères du Lloyd's.

Le Centcom (centre de commandement américain) et la société de sécurité maritime Ambrey continuent de soutenir que le navire est enregistré en Grande-Bretagne, mais l'opérateur libanais mentionne les Îles Marshall.

Selon la base de données du navire (numéro d'enregistrement IMO 9138898), il est la propriété de Golden Adventure Shipping (société enregistrée aux Îles Marshall) et est géré techniquement par la société libanaise GMZ Ship Management (immatriculée au Honduras mais opérant depuis le Liban). Le vraquier avait été affrété par la société saoudienne minière Ma'aden.

Menace de contamination

Craignant pour l’intégrité des sources d'eau et des usines de dessalement et donc pour la contamination des côtes, le représentant du pouvoir officiel indique que des équipes locales ont procédé à l’inspection des plages et à des relevés des échantillons. Les autorités disposent toutefois, rassure-t-il, de barrages flottants susceptibles d'être déployés pour protéger les zones les plus sensibles.

Une délégation d’experts du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) de l’ONU doit se rendre « dans les 48 heures » sur place pour évaluer la situation, a assuré le 4 mars l'émissaire de l'ONU, Hans Grundberg.

L’ONG Greenpeace, via le responsable régional de l'organisation Julien Jreissati, a également tiré la sonnette d’alarme en appelant à un plan d'urgence afin d'éviter une « crise environnementale majeure » à impact pour les « écosystèmes marins » et les « moyens de subsistance des communautés côtières ».

Une catastrophe pour ce pays très pauvre

D'après Abdelsalam al-Jaabi, jusqu'à un demi-million de personnes vivent de la pêche dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique (plus de 18 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, dépendent de l'aide humanitaire), situation exacerbée par une guerre civile depuis 2015.

Le gouvernement du Yémen, soutenu par l'Arabie saoudite, s'en était déjà préoccupé la semaine dernière et avait sollicité l'aide des Nations unies pour prévenir tous dommages.

S'exprimant lors d'une conférence à Doha le 5 mars, George Wikoff, chef de la cinquième flotte de la marine américaine basée à Bahreïn, a également alerté sur le fait que le navire représentait une menace pour la navigation en mer Rouge, du fait d'un « risque d'impact sous la surface ».

Le Rubymar est première « victime matérielle » depuis le début des attaques (incessantes) en mer Rouge des Houthis contre les navires marchands, qui entendent ainsi manifester leur soutien au Hamas palestinien dans sa guerre contre Israël.

La responsabilité du nettoyage des marées noires incombe normalement au Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (FIPOL). Cependant, le Rubymar n'étant pas un pétrolier, il se pourrait que le FIPOL ne s'applique pas.

Adeline Descamps

 

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