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L’économie collaborative changera-t-elle la logistique ?

Côté recherche | publié le : 01.12.2017 | Dernière Mise à jour : 27.02.2018

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L’économie collaborative changera-t-elle la logistique ?

Crédit photo Aurélien Rouquet, Christine Roussat

Le 10 octobre, s’est tenu dans les locaux parisiens de NEOMA Business School un workshop industrie – recherche en logistique (WIRL), organisé par l’AIRL-SCM (Association internationale de recherche en logistique et supply chain management). Cette 2e édition s’est intéressée à l’impact de l’économie collaborative sur la logistique.

Airbnb, KissKissBankBank, Uber, les fab labs, Amap, etc. : l’essor de ces démarches collaboratives constitue l’une des révolutions contemporaines les plus marquantes. Issues pour certaines de mouvements alternatifs, revendiquant une décentralisation de la prise de décision et des flux et favorisant l’émergence de communautés locales, elles peuvent paradoxalement apparaître comme une nouvelle forme de supercapitalisme et nourrir, comme l’a souligné Valentina Carbone (ESCP Europe), de réelles tensions. Certaines de ces start-up bouleversent en effet de nombreux marchés, comme l’hôtellerie (AirBnB) ou le transport de voyageurs (BlaBlaCar), et atteignent d’importantes valorisations financières.

Une part importante de ces démarches induit une circulation physique : les plats cuisinés livrés à domicile par PopChef, les meubles entreposés chez un particulier via Costockage, etc. Déclinées sur les activités de transport, de stockage ou de distribution urbaine, ces nouvelles initiatives ont été considérées comme des innovations de rupture par la conférence nationale sur la logistique (mai-juin 2015), qui suggère de « mettre en place des programmes de recherche » intégrant les moteurs des mutations logistiques en cours. Dans cet esprit, l’objectif du workshop de l’AIRL-SCM était de préciser le contour – souvent flou – de ces initiatives, de discuter l’impact de ces nouveaux business models sur l’industrie logistique en mobilisant chercheurs et professionnels.

Logisticiens amateurs

Le premier point qui ressort du workshop est le caractère amateur de nombre des logistiques mises en place par les start-up de l’économie collaborative. Cela tient essentiellement à la nature des acteurs mobilisés dans ces démarches qui peuvent être des particuliers, à qui l’on propose de transformer leur cave en espace de stockage (costockage), leur capacité à faire du vélo en force de livraison (Shopopop) ou leur aptitude au rangement en un rôle éphémère de chef de rayon (La Louve). Cet amateurisme est d’ailleurs revendiqué par certaines start-up, qui font de la dimension non professionnelle des participants une spécificité de leur démarche. La volonté de La Louve est ainsi de proposer des produits moins chers en faisant participer ses adhérents à la gestion – y compris logistique – du point de vente, tandis que Shopopop limite volontairement les gains engrangés par ses livreurs occasionnels à 5 000 euros annuels.

Un tel fonctionnement soulève cependant plusieurs questions. D’une part, celle du management des amateurs, dans l’optique de permettre la performance du service logistique proposé. Régularité de la prestation, fiabilité, sécurité des flux sont au cœur des préoccupations et justifient que certaines entreprises – initialement tentées par le recours au particulier (crowdshipping) – se concentrent, comme Delaplace.pro ou Colisweb, sur la mise en réseau de professionnels. D’autre part, l’augmentation du volume d’activité inhérente au succès semble incompatible avec l’amateurisme, tant du personnel que des méthodes ! Ainsi, Vestiaire Collective, qui réceptionne à Paris 2°500 articles par jour, professionnalise sa logistique et se dote de tous les outils classiques (système d’information dédié, entrepôt, employés, etc.), empruntant aux canons de la logistique telle que nous la connaissons.

Une hybridation croissante avec les modèles traditionnels

À l’inverse, l’économie dite traditionnelle s’inspire des modèles collaboratifs (des fab labs internes chez Renault par exemple). Il est ainsi ressorti du workshop que les entreprises logistiques suivent de très près les développements de la nouvelle économie collaborative, susceptibles d’entraîner, certes une disruption, mais également de générer une augmentation des volumes d’affaires, voire de contribuer à la création de nouvelles activités. DHL et FM Logistic ont mis en place, au sein de départements dédiés à l’innovation, des processus de veille leur permettant notamment de suivre le développement des initiatives collaboratives. FM a incubé Stockbooking, une start-up mutualisant les espaces d’entreposage et DHL expérimenté en Suède MyWays, un service de livraison par les particuliers.

D’autres formes d’hybridation sont notables : au cœur du canal de distribution, les start-up de livraison collaborative se connectent avec les drives des grands distributeurs, tandis que Leroy Merlin expérimente l’ensemble des solutions collaboratives disponibles aux côtés des dispositifs de livraison existants. Plus largement, les plates-formes de mutualisation d’espaces de stockage professionnels ou de solutions transport existaient avant la digitalisation, et les systèmes de stockage faisant appel au public répondent au même besoin que les entreprises de self-storage. Flexibilité des offres, proximité, facteur coût et puissance de l’outil informatique permettent pourtant à ces nouveaux acteurs de se faire une place dans des univers déjà très concurrentiels.

Là où le monde de la recherche s’efforce de modéliser les critères distinctifs de l’économie collaborative, il est peut-être plus riche de tenter d’appréhender, à l’avenir, les interfaces entretenues entre les deux mondes et la complexité des modèles qui en résultent ! Si les acteurs établis de l’industrie logistique disposent de l’intensité capitalistique pour investir dans les projets collaboratifs, sauront-ils intégrer les innovations de cette digitalisation de la petite logistique dans des process logistiques souvent très industrialisés et pensés dans une logique de massification ? La logique de l’économie collaborative est en effet de tirer parti de milliers de ressources géographiquement éclatées, dans une perspective inverse à la centralisation et au type de mutualisation apportés par la prestation logistique classique.

Un essor durable ?

L’essor des démarches collaboratives contribue au toujours plus de logistique ! Au cours des échanges, le cabinet Bp2r a souligné, à juste titre, les risques – qui dessinent autant de champs de recherche à explorer – induits par de telles pratiques : quelles conséquences durables de la multiplication des livraisons directes, du rythme infernal des délais ? Quelles implications en matière de ressources humaines et quelles réglementations devraient être déployées ? Et au final, pourquoi ? On peut en effet s’interroger – au-delà de certaines réussites incontestables – sur la pérennité économique de bon nombre de start-up, dans un pays où le volume des flux, incontestablement, n’atteindra jamais celui dont bénéficient les poids lourds collaboratifs aux USA. De nombreuses questions en suspens pour un futur workshop de l’AIRL-SCM !

À propos des auteurs

Aurélien Rouquet est professeur de logistique à NEOMA Business School. Il est membre du Cret-Log et du bureau de l’AIRL-SCM. Ses recherches portent sur la logistique en général, et en particulier sur le pilotage global des supply chains et sur les logistiques que déploient les particuliers pour consommer. aurelien.rouquet@neoma-bs.fr

Christine Roussat est maître de conférences à l’université Clermont-Auvergne (IUT d’Allier) et chercheuse au Cret-Log. Elle est membre du bureau de l’AIRL-SCM. La prospective est en filigrane de ses travaux qui interrogent l’avenir de la logistique en explorant différents terrains évolutifs (économie collaborative, chaînes humanitaires, etc.). christine.roussat@uca.fr

Retrouvez le compte-rendu des différentes présentations des intervenants du WIRL dans la newsletter n° 2575 de Supply Chain Magazine en scannant ce code QR :

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Auteur

  • Aurélien Rouquet, Christine Roussat

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