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Devenir une plate forme où il fait bon travailler

Spécial | Entrepôt | publié le : 01.05.2019 | Dernière Mise à jour : 03.05.2019

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Devenir une plate forme où il fait bon travailler

Crédit photo Armindo Dias

Il ne manque parfois pas grand-chose, en termes d’organisation, d’équipements ou de solutions, pour améliorer les conditions de travail des opérateurs en entrepôt. Au-delà de l’aspect santé au travail, la démarche est aussi nécessaire pour attirer les bons candidats.

Absences, arrêts maladie, turnovers, accidents de travail, difficultés de recrutement ou encore troubles musculo-squelettiques (TMS). Tous ces phénomènes sont souvent les symptômes de mauvaises conditions de travail dans les entreprises, et qui plus est dans les entrepôts. « Dans le cadre des missions qui nous sont confiées, nous nous apercevons qu’il y a encore des entrepôts vétustes et non chauffés », témoigne ainsi Florence Thomin, consultante associée du cabinet de conseil Axeflow.

Les organisations internes de ces sites n’ont en outre pas forcément évolué avec le temps. « Les opérations de picking effectuées sur racks, plus pénibles pour les opérateurs, ne sont pas rares, alors qu’il est conseillé aujourd’hui de disposer de zones de réserve et de zones picking distinctes, poursuit la consultante. De plus, ces opérations ne sont pas toujours facilitées en l’absence de certains équipements tels que des systèmes de tiroirs à palettes. » D’autres systèmes peuvent changer la vie des opérateurs et réduire leurs efforts physiques intenses, comme les filmeuses automatiques de palettes ou les convoyeurs télescopiques pour le chargement des camions. « La sédentarisation de postes de travail représente également une opportunité d’évolution positive en matière de qualité de vie au travail, relève Frédéric Mancion, directeur associé du cabinet de conseil Metis Consulting. Elle permet de se doter d’équipements plus ergonomiques, comme des plans de travail à hauteur variable, ainsi que d’éviter des déplacements inutiles. »

Spécialistes de la santé et des exosquelettes

Il existe d’autres approches pour améliorer les conditions de travail des opérateurs, lutter contre les TMS. Après les avoir testés au Royaume-Uni, XPO Logistics envisage par exemple d’étendre à d’autres sites les séances d’échauffement, les accès à des consultations d’ostéopathes et le recours aux exosquelettes, déjà en phase de déploiement sur quelques-uns de ses sites en France (voir interview page 60). De son côté, Lidl, qui n’exclut pas l’idée de déployer des salles de sport sur l’ensemble de ses sites logistiques français (voir encadré page 61), reste par ailleurs en veille sur le sujet des robots collaboratifs et pourrait tester prochainement un exosquelette. Ces solutions ont vocation à lutter contre le port de charges, l’une des deux grandes causes de pénibilité dans les entrepôts avec les déplacements. Elles intéressent d’ailleurs plusieurs grands logisticiens en Europe.

En début d’année, l’exosquelette de la société néerlandaise Laevo, fourni par l’intégrateur distributeur Iturri (également actionnaire du fabricant néerlandais d’exosquelettes Skelex), a été testé sur trois sites espagnols d’Ikea. En France, FM Logistic teste depuis un an et demi plusieurs exemplaires de l’ergosquelette de posture de travail assis-debout Chairless Chair, conçu par la start-up suisse Noonee et acquis auprès de la société Gobio by Gebe2 (groupe Europe Technologies), son distributeur exclusif en France.

Pour les bras et les jambes

L’exosquelette de Laevo, qui repose sur un harnais avec une structure mécanique d’aide à l’effort, permet de porter des colis en réduisant tension musculaire et pression exercée sur les épaules jusqu’à 50 %, et l’ergosquelette de Noonee, de réduire la sursollicitation des membres inférieurs tout en autorisant de courts déplacements (ils sont utilisés dans des ateliers de conditionnement chez FM Logistic). « D’autres exemplaires du Noonee pourraient venir équiper les sites de FM Logistic, relève Benoît Sagot-Duvauroux, responsable de Gobio by Gebe2 chez Europe Technologies. Le modèle qu’ils utilisent a fait l’objet de quelques réglages pour répondre parfaitement aux attentes de ses utilisateurs, moins d’une minute est nécessaire pour s’en équiper et il pèse déjà moins 3 kg. » Une trentaine d’exemplaires de ces Chairless Chair est aujourd’hui exploitée en France.

De leur côté, les exosquelettes de la gamme Picker, de la société Exhauss, présentés à la dernière SITL par l’intégrateur distributeur Fox Innovation Robots, ont déjà été déployés à une centaine d’exemplaires sur environ 20 sites de prestataires. Ciblant les activités de picking de cartons, de manutention de bacs et de travaux avec les bras en hauteur, ils disposent de huit axes de rotation pour accompagner au mieux les mouvements de leurs utilisateurs. Leur poids commence à 3,5 kg. « Utilisables par des hommes et des femmes, ils permettent de diviser par trois ou quatre la sensation de charge, détaille Pierre-André Foix, fondateur et directeur général de Fox Innovation Robots. Ils contribuent ainsi à réduire la fatigue des opérateurs, et donc les risques d’absences ou d’arrêts de travail, qui peuvent coûter cher aux entreprises en recrutement d’intérimaires ou versements d’indemnités directes et indirectes. » Conséquences financières évitables également en recourant aux cobots.

Meilleure diversification des activités

Ces solutions autorisent la suppression de tâches fastidieuses avec port de charges, comme avec l’ItemPiQ du groupe Swisslog ou encore le collaborative palletiser du groupe Scott Automation (ex-Alvey Samovie). L’ItemPiQ est une solution de picking automatisée à même de prendre en charge une grande variété de produits grâce à sa pince multifonctions et à sa technologie robotique Kuka ; le collaborative palletiser est un robot collaboratif qui peut saisir des charges d’un poids de 10 kg et les traiter à une cadence de 5 colis par minute pour les déposer sur des palettes à une hauteur de 2 mètres. « Ceux qui s’en dotent cherchent à réduire la pénibilité au travail de leurs collaborateurs, mais aussi à diversifier leur activité », souligne Frédéric Hermier, directeur Materials handling & Logistics de Scott Automation. Aujourd’hui, il s’agit également pour nombre de responsables de sites d’améliorer les conditions de travail de leurs collaborateurs en les rendant plus polyvalents.

Le vocal garde de la voix

Les difficultés de recrutement auxquels ces responsables ont à faire face dans les bassins d’emplois en pénurie de main-d’œuvre, font que les sites se retrouvent souvent en concurrence. Les conditions de travail sont évidemment un argument qui pèse dans la balance. Les solutions de préparation avec assistance vocale, largement utilisées dans les entrepôts de la distribution, peuvent parfois apparaître comme un handicap pour attirer de nouveaux opérateurs. « Les systèmes classiques, composés d’un casque et d’un micro, sont souvent jugés invasifs et créent de la fatigue cognitive, estime Lionel Delay, directeur associé du cabinet de conseil Adameo. Certains prestataires logistiques s’intéressent à d’autres types de solutions au niveau de leur process de préparation de commandes, un de nos clients réfléchissant notamment à remplacer sa solution vocale par un système à détection de mouvements connecté au WMS. »

Il est également possible d’aménager les solutions de préparation vocale, dont la productivité n’est plus à démontrer, pour les rendre moins contraignantes pour l’utilisateur. C’est ce que propose Acteos, qui est devenu récemment le distributeur intégrateur exclusif en France de l’entreprise allemande Topsystem, avec la veste vocale Lydia Voice Wear. « Nous souhaitions pouvoir proposer à nos clients et prospects une alternative à la solution vocale traditionnelle », précise Thomas Felfeli, directeur général délégué d’Acteos. Il estime néanmoins que les deux types de solutions vocales seront amenés à cohabiter dans les entrepôts, la veste vocale n’étant pas forcément adaptée à tous les sites (notamment les plus bruyants). Au final, il faut se rappeler que l’efficacité des matériels est tributaire de leurs utilisateurs. « Il convient toujours de tenir compte de l’humain quand on adopte une nouvelle technologie, faute de quoi il risque d’y avoir un rejet et une perte de performance », résume Jean-Pierre Gautier, directeur du pôle métiers de l’éditeur et cabinet de conseil en supply chain Acsep.

Bernard Wehbe, directeur général Supply Chain France et Suisse de XPO Logistics
« Nous comptons déployer plus rapidement les exosquelettes »

Supply Chain Magazine : L’amélioration des conditions de travail de vos collaborateurs fait-elle partie de vos priorités ?

Bernard Wehbe : Si nous visons leur bien-être sur tous nos sites, notre objectif premier est de continuer à améliorer leur sécurité. Nous avons à ce titre un programme corporate intitulé « Road to Zero » [zéro pour zéro accident, ndlr]. En privilégiant la sécurité, l’humain est ainsi au cœur de nos préoccupations. Nous faisons en sorte que nos collaborateurs travaillent dans des conditions de travail sécurisées et les moins pénibles possibles. Sur nos sites, nous disposons donc de systèmes de filmage automatisés de palettes, de cobots collaboratifs et de stations goods-to-person.

SCM : Faites-vous en sorte d’entretenir l’état de forme de vos opérateurs et de leur donner accès à des solutions de lutte contre les TMS ?

B. W. : Oui. Une dizaine de nos sites français sont à ce jour concernés par des consultations d’ostéopathes, des séances d’éveil musculaire et des exosquelettes, mesures et équipements testés et déployés au préalable sur plusieurs entrepôts au Royaume-Uni. Les consultations d’ostéopathes ont lieu une fois par mois sur un site et les séances d’éveil musculaire sur plusieurs sites au début des prises de service des équipes. Concernant les exosquelettes, ils sont déployés sur deux sites. Et pour moi, ces mesures et équipements représentent moins un coût qu’un investissement. Ils permettent d’améliorer le bien-être des salariés et de les fidéliser en réduisant les problématiques liées aux TMS.

SCM : Envisagez-vous de les étendre à d’autres sites ?

B. W. : Certainement, mais je ne veux pas non plus les imposer. Il faut qu’il y ait un besoin terrain. Cela dit, pour ce qui est de exosquelettes, nous souhaitons les déployer plus rapidement que les séances d’ostéopathie et d’éveil musculaire. Les accidents de travail que nous avons à déplorer sont surtout liés au mal de dos, et nous avons enregistré des retours positifs auprès de tous ses utilisateurs. Aussi, chaque fois que nous pourrons en déployer, nous en déploierons. Je crois dans les nouvelles technologies d’aide à la manutention, à l’instar des cobots collaboratifs exploités dans nos activités de copacking. Ces solutions sont accessibles financièrement et favorisent la lutte contre les tâches répétitives.

Propos recueillis par Armindo Dias

Lidl va aller au-delà du programme PEP’S

Après avoir déployé sur l’ensemble de ses 25 plateformes logistiques françaises son programme d’échauffement pour préparateurs de commandes baptisé PEP’S (préparateur en pleine santé), le distributeur Lidl envisage désormais d’y proposer la consultation de kinésithérapeutes et d’ostéopathes une fois par mois à compter du second semestre 2019. Sur son site de Crégy-lès-Meaux (Seine-et-Marne), le premier qui a mis en place le programme PEP’S, les opérateurs peuvent déjà consulter depuis trois ans des ostéopathes, et un test de mise à disposition de kinésithérapeutes y a été mené fin 2018. « Nous réfléchissons aussi à l’idée de déployer des salles de sport dans nos sites logistiques », révèle Vianney Puga, directeur logistique de Lidl France.

Le responsable estime que ces mesures permettent de se distinguer de la concurrence lors des phases de recrutement, et de lutter efficacement contre les accidents de travail et les TMS. « Nous avons enregistré une diminution du nombre d’accidents de travail sur plusieurs sites qui ont déployé le programme PEP’S », souligne Vianney Puga. Le turnover y est en outre jugé très faible, s’expliquant surtout par le fait que les opérateurs sont essentiellement en CDI, et que seulement la moitié de leur temps de travail est consacrée à la préparation de commandes. En effet, le distributeur les a formés à d’autres métiers, tels que caristes ou agents de quais, afin de varier leur activité et les rendre plus polyvalents.

Grâce au travail qu’il a effectué en amont avec ses partenaires industriels, le poids maximum de ses colis en sec et frais dans ses entrepôts est par ailleurs inférieur à 15 kg. Lidl, qui reste en veille au niveau des cobots, n’exclut pourtant pas de se doter d’exosquelettes : il pourrait tester prochainement une solution pour identifier quelle serait la meilleure application en interne. AD

Laurent Leleu, directeur des ressources humaines de FM Logistic France
« Une généralisation de l’éveil musculaire en 2020 »

Supply Chain Magazine : Quels types de mesures destinées à lutter contre les TMS avez-vous déjà pris sur vos sites en France ?

Laurent Leleu : Depuis des années, plusieurs de nos sites disposent de programmes d’éveil musculaire. Ils sont assurés par des managers ou collaborateurs préalablement formés et ils durent de sept à huit minutes, intégrées dans le temps de travail des collaborateurs. Notre objectif est que l’intégralité de nos sites en propose à la fin mars 2020 [plus de la moitié à ce jour, ndlr]. Si nous n’arrivons pas encore à faire le lien entre la baisse de l’accidentologie et l’éveil musculaire, nos collaborateurs en sont satisfaits. Ils créent une vraie dynamique de groupe.

SCM : D’autres mesures de sensibilisation ou de bien-être au travail sont-elles venues s’ajouter à ces programmes ?

L. L. : Oui. Chaque année, nous organisons sur tous nos sites une semaine de la qualité de vie au travail, au cours de laquelle les salariés ont accès à divers ateliers (sophrologie, rigologie, etc.). Depuis quelques mois, une quinzaine de nos sites sont par ailleurs dotés d’une salle de sport. Mises en place à la demande de collaborateurs, ces salles permettent d’utiliser des tapis de course, rameurs ou encore home-trainer. Sur deux ou trois de nos sites, nous avons en outre testé l’accès à des consultations d’ostéopathes ou de kinésithérapeutes, et il n’est pas impossible qu’elles soient étendues à d’autres sites.

SCM : Et où en êtes-vous au niveau des exosquelettes ?

L. L. : Notre ergonome et notre directrice QHSE travaillent actuellement avec une grande école d’ingénieurs au développement d’un prototype qui sera très prochainement testé et donnera lieu au dépôt d’un brevet. Dédié à la préparation de commandes avec une aide au levage, il viendra compléter l’ergosquelette de posture de travail assis-debout que nous exploitons déjà, le Chairless Chair de la start-up Noonee. Le bien-être et les conditions de travail de nos collaborateurs sont essentiels pour nous, ce qui explique d’ailleurs que nous avons de nouveau obtenu le label Top Employer début 2019.

Propos recueillis par Armindo Dias

Réduire la fatigue liée aux déplacements, c’est possible !

Lutter contre la pénibilité liée aux nombreux déplacements à pied que peuvent avoir à faire au quotidien managers, personnel administratif et fonctions supports sur les sites logistiques n’est pas chose impossible. Recourir à des gyropodes permet en effet de résoudre cette problématique, ce qui explique que des prestataires tels que FM Logistic ou encore GT Logistics se sont déjà dotés de ce type d’équipements estampillés Hublex (GT Logistics en exploite quelques-uns sur son site de Montauban et FM Logistic une dizaine sur cinq sites, dont ceux de Neuville-au-Bois, Longueil-Sainte-Marie et Château Thierry). « Les temps de parcours de leurs utilisateurs baissent en général de 60 % », explique Jonathan Lévy, Pdg d’Hublex.

Ces utilisateurs, qui ont fait savoir au fabricant, à 97 %, qu’ils se sentaient désormais moins fatigués en fin de journée grâce à cette solution, pouvaient effectuer auparavant jusqu’à 15 ou 17 km de marche en entrepôt !

La solution correspond en outre aux exigences des responsables de sites logistiques. Elle a fait l’objet de codéveloppements avec les prestataires logistiques pour gagner en praticité et sécurité, avec notamment la mise en place d’un système de batteries amovibles et l’ajout d’un dispositif de projection au sol d’un faisceau lumineux. « Nous proposons aussi désormais une version trois roues de notre gyropode, qui est capable de transporter une charge de 40 kg à l’avant et de tracter une charge d’environ 100 kg à l’arrière », précise Jonathan Lévy. AD

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  • Armindo Dias

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