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Économie circulaire : Quels impacts sur les supply chains textiles ?

Côté recherche | publié le : 01.12.2018 | Dernière Mise à jour : 12.12.2018

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Économie circulaire : Quels impacts sur les supply chains textiles ?

Crédit photo Valérie Fernandes

En plus des enjeux de développement durable et de la RSE, les réflexions sur l’économie circulaire (EC) viennent s’ajouter à la liste des priorités pour la supply chain de l’industrie textile. Avec des conséquences à plusieurs niveaux.

Au regard des scandales récents, notamment l’effondrement du Rana Plaza en 2013, l’opinion publique et les ONG ont accentué la pression qui pèse sur la supply chain de l’industrie textile et de la mode en matière de développement durable et de politique RSE. À cela vient désormais se greffer l’émergence de l’économie circulaire (EC), présentée comme une solution vertueuse et positive face à l’épuisement croissant des ressources naturelles. Quel en sera l’impact sur la supply chain ?

L’économie circulaire comme axe d’innovation

En France, l’industrie textile regroupe environ 2 400 entreprises dans différents domaines (fabrication de fils, tissus et textiles destinés à l’habillement, à l’ameublement ou à un usage technique), soit plus de 58 000 emplois pour un CA total de 13 Md€ en 2016*. Dans l’Hexagone, comme ailleurs en Europe, les entreprises du textile et de l’habillement s’organisent depuis plusieurs années pour tenter de résister à la mondialisation du marché, en redoublant d’efforts sur l’innovation des processus et des produits.

Parmi les quatre axes stratégiques d’innovation identifiés par le dernier rapport de l’association européenne des professionnels du textile, figure le thème de l’économie circulaire et de l’efficience des ressources. Il s’agit de développer des compétences pointues, incluant des processus de production à la demande efficients, rapides, délivrant des produits à haute qualité et correspondant au marché de la mode. Parallèlement, l’arrivée de nouveaux modèles disruptifs comme l’économie du partage ou de fonctionnalité représentent à la fois des défis et des opportunités.

La digitalisation du design, de la production, de la distribution et de l’interaction avec l’utilisateur final va aussi bouleverser les business models (distribution en ligne, fabrication à la demande, design à la demande). Quant aux défis de développement durable en termes de matériaux, d’eau ou d’énergie, ils sont gigantesques. Sans oublier le développement de pratiques respectueuses des législations environnementales et sociales.

Dans ce contexte, l’EC devrait contribuer à développer des processus de recyclage du textile, des moyens de production plus économes en eau, en énergie et en produits chimiques, des susbtituts à des produits polluants ou encore un sourcing de fibres textiles au niveau du territoire européen.

Trois boucles de flux possibles

L’EC se présente en opposition au modèle d’économie linéaire dominant : extraire–fabriquer–consommer–jeter. Il s’agit de boucler les flux pour que les produits usagés ou en fin de vie soient recyclés et réinjectés dans la chaîne d’approvisionnement initiale ou dans une autre. La feuille de route Économie circulaire présentée en avril 2018 par le ministère de la Transition écologique et solidaire identifie spécifiquement la filière textile comme secteur pilote. L’action 15 vise d’ailleurs à « faire valoir d’ici 2019 pour la filière textile les grands principes de la lutte contre le gaspillage alimentaire ».

Dans la filière textile, il existe depuis 2009 un éco-organisme, dénommé Eco TLC, qui vise à promouvoir l’EC dans la filière des textiles, linge de maison et chaussures (d’où le sigle TLC). Il s’agit de développer des pratiques favorisant l’utilisation des produits usagés ou invendus, sous différentes formes représentées dans le schéma ci-dessus. Les enjeux sont énormes : sur les 2,5 milliards de pièces mises sur le marché annuellement (soit 600 000 t) 35 % sont recyclées. Autrement dit, sur les 9,2 kg achetés neufs par habitant et par an, seuls 3,2 kg sont réexploités. De plus, la notification de la Chine auprès de l’OMC d’interdire l’entrée sur son sol de déchets solides (dont les textiles) remet en cause une partie de l’organisation actuelle du recyclage et pourrait bien accélérer les réflexions en cours des acteurs de la filière autour de l’EC.

En fait, trois boucles de flux peuvent être identifiées. La première concerne la réutilisation, la seconde le recyclage et la valorisation (boucles fermées) et la troisième le recyclage et la valorisation alimentant en matière première d’autres filières (boucle ouverte). La réutilisation concerne les TLC en bon état et que l’on peut « utiliser à nouveau pour le même usage que celui pour lequel ils ont été conçus », selon la directive cad 2008/98/CE, article 3. Très souvent, les acteurs opérants sont des organismes caritatifs (comme Emmaüs ou le Secours catholique par exemple).

Les chantiers en cours

L’écoconception est d’ores et déjà à l’œuvre pour permettre de réduire l’impact environnemental des articles de prêt-à-porter. Cette démarche est très structurante dans la reconfiguration des pratiques supply chain de la filière textile. Par exemple, l’enseigne Bonobo (groupe Beaumanoir) s’illustre par la commercialisation depuis peu des jeans « verts », issus de fibres recyclées ou avec des processus de production économe en eau et en produits chimiques (par exemple en utilisant des noyaux d’abricot pour donner un aspect usé aux vêtements). Son objectif, à partir de 2022, est de ne proposer que des vêtements issus de l’écoconception.

La question des approvisionnements et de la possibilité d’utiliser des matériaux recyclés est très complexe. En effet, le recyclage du textile usagé permettant de conserver la qualité des fibres représente un vrai défi. Comme les textiles modernes renferment beaucoup de fibres mélangées, c’est le « down cycling » qui est plutôt privilégié, c’est-à-dire la transformation des vêtements en objets de gamme inférieure (comme des tapis ou des chiffons). De nombreux centres de recherche travaillent néanmoins sur ces sujets, pour certains subventionnés par des grandes marques de prêt-à-porter comme H& M ou Inditex (Zara).

Les méthodes de production peuvent aussi se remettre en question. Il s’agit pour cette industrie polluante de relever urgemment les quatre enjeux suivants : matériaux et mélanges non récupérables ; utilisation de l’eau, utilisation de produits chimiques dangereux et respect des droits humains.

Une autre des particularités de l’économie circulaire est que le consommateur joue un rôle essentiel dans la collecte des vêtements usagés, et donc dans la reverse logistic. Les distributeurs vont donc devoir intégrer le fait que les clients sont aussi des fournisseurs et des coconstructeurs de valeur. H& M se fixe par exemple pour objectif de collecter 25 000 t par an. Mais quid de l’organisation de cette filière inverse ? Quels prestataires intégrer ? Locaux ? Nationaux ? Internationaux ? Quels débouchés pour ces vêtements ? Quelle traçabilité pour quelle responsabilité ? Autant de questions qui montrent à quel point les supply chains et les pratiques associées portent en elles une grande partie des réponses.

À propos de l’auteur

Docteur en sciences de gestion, Valérie Fernandes est enseignante-chercheuse à La Rochelle Business School Excelia Group et vice-présidente du conseil de développement de Port Atlantique La Rochelle. Elle enseigne le supply chain management et la logistique. Ses recherches actuelles portent principalement sur l’économie circulaire et ses impacts sur les supply chains.

fernandesv@excelia-group.com

* Sources : Direction générale des entreprises, 2016 ; Union des industries textiles, 2017.

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Auteur

  • Valérie Fernandes

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