Menu
S'identifier

Les 5 cauchemars des directeurs supply chain

Tendance | Gestion des risques | publié le : 01.11.2018 | Dernière Mise à jour : 08.11.2018

Image

Les 5 cauchemars des directeurs supply chain

Crédit photo Julia Fustier

Le bon vieux dicton « mieux vaut prévenir que guérir » est évidemment bien connu des responsables supply chain du monde entier. Il n’empêche que certains risques sont susceptibles de leur donner des sueurs froides. En voici cinq, parmi les plus préoccupants du moment.

Selon une étude menée par l’éditeur Generix en 2015, la réduction des risques est considérée comme un enjeu majeur ou important par presque 79 % des supply chain managers interrogés. Multiples et protéiformes, les menaces sont parfois très difficilement prévisibles. « Je distingue les risques habituels des risques exceptionnels. Les équipes vivent au quotidien avec une catégorie de risques habituels, à laquelle appartiennent par exemple les ruptures. Les risques exceptionnels, comme le Brexit ou une attaque informatique, sont plus abstraits et déstabilisent davantage. On ne traite pas ces deux catégories de risques de la même manière », analyse Guy Zeitoun, en charge de la practice supply chain de SpinPart-Proconseil. « Les organisations doivent se prémunir en permanence des risques quotidiens. Les risques exceptionnels, à plus faible probabilité mais aux conséquences extrêmement lourdes, requièrent la mise en place de plans de continuité d’activité (PCA). Néanmoins, souvent, ces PCA n’existent pas, en particulier dans les petites entreprises, ou s’avèrent peu adaptés aux situations réelles. » Pour se prémunir de ces dangers, Guy Zeitoun recommande de « concevoir intelligemment sa supply chain et de disposer les bons stocks aux bons endroits pour s’assurer un minimum de flexibilité » ainsi que « de stopper la phobie des stocks ». Magali Testard, associée responsable conseil achats et supply chain chez Deloitte, évoque quant à elle les techniques avancées de détection des signaux faibles : « Elles se basent sur l’analyse et la modélisation des flux physiques, puis sur la définition de modèles mathématiques statistiques permettant de prédire l’évolution, les tendances, le comportement de certains risques. » Ce dossier recense cinq risques majeurs sur la supply chain.

1. Le risque fournisseur

Un fournisseur dans l’incapacité de livrer et c’est potentiellement tout le reste de la chaîne qui en subit les sévères conséquences. Voilà pourquoi certaines entreprises prennent le problème à bras-le-corps (voir le projet chez Pierre Fabre page 74). Il n’est pas toujours évident d’anticiper le risque de défaillance lorsqu’il est lié à des catastrophes naturelles, à de soudaines difficultés de trésorerie ou à des ruptures dans la supply chain du fournisseur. À cet égard, le recours accru à la sous-traitance, la mondialisation et la tendance à privilégier le zéro-stock ne contribuent pas à faciliter les choses (voir encadré en page 71). « Un fournisseur de composants critiques de rang 3 par exemple, est susceptible de fragiliser l’ensemble de la supply chain s’il cesse de livrer. Mais il est difficile pour les industriels de disposer de façon systématique d’une bonne visibilité sur leurs fournisseurs de rangs éloignés », constate Stéphane Crosnier, managing director en charge des activités supply chain, opérations & développement durable chez Accenture Stratégie. Et de compléter : « Les outils comme les plates-formes de collaboration permettent de diminuer les risques. D’autres solutions plus classiques peuvent également y contribuer comme le DDMRP, qui consiste à positionner des stocks tampons dans la supply chain pour sécuriser les disponibilités et réduire la volatilité générée chez les fournisseurs ». S’agissant de leur dimensionnement, Jérémy Catteloin, associé en charge de la practice supply chain de SpinPart-Proconseil, rappelle l’importance de définir un équilibre coût-service adapté : « Lorsqu’on dimensionne ses stocks de sécurité, on ne vise jamais 100 % de taux de service. Il faut démontrer, en cas de rupture suite à un aléa, que la compensation du risque (avec par exemple un stock de sécurité) aurait coûté plus cher que la rupture éventuelle. » Par ailleurs, il est fortement recommandé, pour les fournisseurs jugés critiques et assurant toute la production sur un seul site, d’élaborer des « plans B » rapides à enclencher en cas de crise pour être moins vulnérable.

2. Le risque réglementaire

Les questions réglementaires peuvent représenter un risque majeur (voir interview d’Hervé Galon page 76). Les guerres commerciales qui sévissent actuellement, avec de graves conséquences douanières à la clef, ou le Brexit, appartiennent à la catégorie des risques dits exceptionnels. « Ce sont des mouvements très exceptionnels, mais qui peuvent être à l’origine de restructurations de fond », commente Guy Zeitoun. Un « hard Brexit » serait en effet susceptible de remettre en cause les schémas directeurs industriels et logistiques de beaucoup d’entreprises, en particulier les industries extrêmement sensibles aux barrières douanières (voir encadré Brexit page 72). « Étonnamment, j’ai le sentiment que beaucoup d’entreprises ne s’y préparent pas suffisamment. Elles donnent l’impression d’attendre la dernière minute pour réagir », alerte Jérémy Catteloin. Par ailleurs, certaines industries (pharmaceutiques, cosmétiques, agroalimentaires, etc.) sont constamment impactées par des évolutions réglementaires, en particulier à l’international. « Dans l’industrie pharmaceutique, la veille réglementaire est une fonction d’entreprise au même titre que la finance, les opérations, etc. Elle interagit en permanence avec la supply chain pour permettre un pilotage des activités intégrant les changements réglementaires », indique Guy Zeitoun. L’éditeur de solutions de gestion du commerce international Amber Road centralise dans une base de données digitalisée les règles d’import et d’export de plus de 160 pays du monde. « Les risques réglementaires sont de plusieurs natures : exporter sans autorisation (un risque très grave et sévèrement réprimandé), exporter dans des pays sous embargo ou restrictions, importer illégalement sans licence (avec là encore de lourdes amendes à la clef), mal interpréter les conditions pour bénéficier des accords préférentiels, etc. », énumère Arne Mielken, responsable contenu réglementaire EMEA d’Amber Road.

3. Le risque RH & social

Le monde du transport subit actuellement de fortes tensions et il devient de plus en plus difficile de trouver des chauffeurs de camion. Le problème ne touche pas que la France, l’Europe et les États-Unis sont particulièrement concernés (voir interview de Jean-Marc Viallatte, page 78). Au Japon, où le chômage est pratiquement nul et la population active en diminution régulière, la pénurie de main-d’œuvre est au cœur des préoccupations de l’ensemble des transporteurs et logisticiens. C’est d’ailleurs ce qui motive les plus grands à investir des sommes conséquentes pour y remédier : transports autonomes pour Yamato (camions volants, véhicules sans conducteurs), automatisation extrême des entrepôts d’Uniqlo, etc. Les leviers RH (suppression du travail dominical, augmentation des salaires…) sont également employés. Plus près de chez nous, Magali Testard évoque d’autres solutions : « Il existe des techniques consistant à travailler par filière et par bassin d’emploi pour mutualiser les ressources entre sociétés avec des problématiques et des contraintes similaires. » Au-delà de cette difficulté structurelle, des situations plus exceptionnelles peuvent intervenir et priver les entreprises de leurs ressources humaines, comme les grèves par exemple. Pour Jérémy Catteloin, « être attentif à la dimension humaine dans les actions de transformation, est une manière de prévenir le risque social ». Est-il possible de se couvrir ? « Au moment des grèves importantes en France, beaucoup de sociétés nous ont sollicités pour garantir ce risque sur la supply chain. L’ensemble du secteur de l’assurance s’est retrouvé devant de très fortes difficultés pour évaluer ce risque, et donc des capacités très restreintes », révèle Pascal Leroy, directeur commercial et directeur des régions de QBE France.

4. Le risque d’attaque informatique

La digitalisation des processus supply chain met en exergue la question de la cybersécurité. Imaginez l’arrêt de votre WMS ou de votre TMS… Et l’angoisse de revenir au crayon et à la feuille de papier pour gérer ses flux ! Une enquête menée au printemps 2018 par l’institut Vanson Bourne pour CrowdStrike révèle que 80 % des personnes interrogées (parmi plus de 1300 professionnels du secteur de l’IT) considèrent « qu’au cours des trois prochaines années, la chaîne logistique pourra devenir la cible privilégiée des cybercriminels ». Pour autant, près de 90 % des répondants estiment « qu’ils sont exposés à ce risque et que leur entreprise n’est pas assez rapide pour détecter le problème et répondre aux menaces ». Magali Testard distingue deux aspects : « Les entreprises sont en général protégées contre la défaillance d’un système informatique. En cas d’arrêt d’un serveur, par exemple, elles disposent de systèmes de redondance pour sécuriser l’opérabilité des systèmes. En revanche, le risque d’attaque et de piratage est réel. » Et l’actualité en matière de cyberattaque n’est pas pour rassurer avec, notamment, la recrudescence d’attaques par chantage via des « rançongiciels » (NotPetya, WannaCry, Petya, etc.), une source d’immense fragilité pour les entreprises. « Nous recevons beaucoup de demandes depuis quelques mois de clients désireux de se garantir contre les risques cyber », constate Pascal Leroy. « Plus de 60 % des cyberattaques proviennent des supply chain étendues et des partenaires connectés aux SI des entreprises, d’après une de nos études récentes », met en garde Stéphane Crosnier.

5. Le risque naturel

La recrudescence des catastrophes climatiques incite à aborder la notion de risque physique par le prisme du risque naturel (voir encadré World Economic Forum ci-dessous). Crues et inondations, tempêtes, cyclones, séismes, tsunamis, éruptions volcaniques… la liste de ces phénomènes naturels est longue et ne relève pas du fantasme. Cet été, des pluies torrentielles au Japon ont paralysé les transports, occasionné l’arrêt des activités d’un grand nombre d’entreprises (Panasonic, Asahi Shuzo…) et généré des ruptures d’approvisionnement en cascade. Les PCA étaient parfaitement rodés pour les tremblements de terre, moins pour les inondations… Un peu plus tard, les typhons ont également provoqué la fermeture de l’aéroport du Kansai (situé dans la baie d’Osaka) obligeant des industriels à réorganiser temporairement leur schéma de transport (Renesas Electronics, Toshiba Memory…). Le PCA doit nécessairement intégrer d’autres sources d’approvisionnement lorsque les principales se situent dans des zones « à risque » (sismique…), en particulier pour les pièces critiques. Souvenons-nous par exemple des sévères dégâts occasionnés par les inondations en Thaïlande en 2011 sur les supply chains des constructeurs automobiles. « Le “mapping” (cartographie) de son réseau de fournisseurs et la visualisation des zones de risques sont particulièrement importants », recommande Stéphane Crosnier.

Cartographier ses risques

QBE (spécialiste en assurances des entreprises) insiste sur la prévention et la gestion active des risques. Pour bien comprendre les enjeux et les profils de risques des entreprises, la société propose à ses clients de cartographier leurs risques. Cette cartographie, qui répond au nom de « QBE Risk Profile », élaborée conjointement avec le cabinet Arengi, balaye à 360° les risques majeurs (réglementaires, fournisseurs, informatiques, etc.) en les hiérarchisant selon leur gravité, leur impact potentiel et leur probabilité d’occurrence. « Nous analysons les risques assurables ainsi que les risques non assurables », souligne Pascal Leroy, directeur commercial et directeur des régions de QBE France. Et d’ajouter : « Cette cartographie permet de dégager des priorités en matière de maîtrise des risques et d’optimiser les couvertures d’assurance par rapport aux risques encourus. » QBE Risk Profile est, par exemple, l’occasion de réaliser un bilan complet de l’ensemble de ses fournisseurs, en particulier ceux jugés critiques : existence ou non de sites de back-up, vision exhaustive sur leur propre réseau de sous-traitance, etc. « Le niveau de risque de la supply chain a sensiblement augmenté ces dix dernières années en raison notamment du recours accru à la sous-traitance et à la démultiplication des échanges internationaux », constate Pascal Leroy. JF

Brexit : un risque pour les supply chains

Faire table rase de 40 ans d’accords et de traités communs, c’est ce que les citoyens britanniques ont décidé en juin 2016. Les conséquences ne sont pas neutres pour la logistique et le risque d’un « hard Brexit » est une épée de Damoclès suspendue au-dessus des responsables supply chain. « En cas d’absence d’accord avec l’Union européenne d’ici le 29 mars 2019, le Royaume-Uni sera considéré comme un pays tiers », rappelle Arne Mielken, responsable contenu réglementaire EMEA d’Amber Road. Les marchandises à destination et en provenance du Royaume-Uni devront désormais franchir une frontière avec, à la clef, une complexification des modalités administratives. « Jusqu’à présent, le droit de libre circulation au sein du marché commun affranchissait les entreprises d’un certain nombre de démarches : déclaration d’importation/d’exportation, obtention de licence, etc. Les entreprises devront désormais intégrer un nouveau paysage réglementaire et respecter de nouvelles règles : droits de douane et taxes, documentations obligatoires, contrôles plus stricts à l’exportation et à l’importation, etc. », détaille Arne Mielken. Les infrastructures logistiques risquent d’être fortement impactées. « Les ports de Douvres et de Calais ne sont pas prêts pour gérer toutes ces nouvelles formalités administratives et ne disposent pas de suffisamment d’espace pour gérer et contrôler tous les camions. On s’attend à des centaines de kilomètres de file d’attente et à un arrêt complet entre les deux pays pendant au moins 48 heures et jusqu’à une semaine », alerte Arne Mielken. Le surcoût généré à l’import et à l’export pourrait être à l’origine de réflexions en matière de réorganisation des réseaux logistiques. Plusieurs entreprises (Airbus, BMW, Siemens, Toyota, etc.) menacent de reconsidérer leur présence industrielle à long terme en cas de « hard Brexit ». Les responsables supply chain croisent donc les doigts pour qu’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’UE soit trouvé. JF

La hiérarchie des risques s’est modifiée en 10 ans

Les résultats d’une étude menée en 2017 par SCM World (propriété du Gartner), « Supply Chain Risk 2020 : New Worries », révèle que les plus fortes hausses en matière de risques perçus, par rapport à 2016, concernent la sécurité des données, les catastrophes naturelles et la guerre. Selon Kevin O’Marah, chief content officer chez SCM World : « Il y a dix ans, les risques supply chain perçus étaient liés aux défaillances fournisseurs, à la volatilité des prix des matières premières et aux pénuries des composants. Il était alors possible d’atténuer ces menaces en coopérant davantage avec ses fournisseurs, en instaurant une planification collaborative intégrant les contraintes amont et en démultipliant les sources d’approvisionnement. » Les nouveaux risques perçus sont liés à des causes externes aux problématiques traditionnelles de la supply chain. En effet ce sont maintenant les impacts des menaces géopolitiques, des guerres, des attaques terroristes, des catastrophes naturelles et des cyber-attaques qui sont davantage redoutés. 20 % des sondés se déclarent très inquiets au sujet des risques géopolitiques et terroristes, une évaluation identique à celle du risque de défaillance financière d’un fournisseur majeur. L’enjeu est désormais de concevoir des plans de continuité d’activité à même de répondre à ces risques plus globaux. JF

Retour au sommaire

Auteur

  • Julia Fustier

Les plus lus

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format