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Traçabilité : l’heure du rebooting a sonné !

Forum d’été | publié le : 01.09.2018 | Dernière Mise à jour : 12.09.2018

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Traçabilité : l’heure du rebooting a sonné !

Crédit photo Armindo Dias

À l’occasion de la 12e édition du forum d’été, un événement organisé par Supply Chain Magazine en partenariat avec l’ESCP-Europe, plusieurs intervenants ont fait savoir qu’une traçabilité efficiente de bout en bout dans la supply chain devrait impliquer le big data, les standards, les blockchains ou encore l’Internet des objets (IoT). Preuves à l’appui !

La traçabilité ne doit plus uniquement être assimilée aux crises sanitaires et aux campagnes de rappel de produits, mais aussi à une optimisation de son activité et à de nouvelles opportunités de business.

En introduction de la 12e édition du forum d’été, voilà le message qu’ont rapidement tenu à faire passer Valérie Moatti et Sandrine Macé, respectivement enseignante-chercheuse et doyenne à l’ESCP-Europe et directrice scientifique de la chaire IoT de cette école. « La traçabilité reste un sujet d’actualité, non seulement en raison des crises sanitaires qui ont émaillé ces dernières décennies, mais aussi en raison d’une demande croissante de la part des clients finaux, ainsi que d’une fragmentation et d’une internationalisation des supply chains qui font que les flux sont toujours plus complexes et toujours plus difficiles à suivre », a d’abord souligné Valérie Moatti.

La traçabilité représente donc pour les entreprises une série de menaces et d’opportunités. Si elle est synonyme de contraintes supplémentaires pour certaines, elle peut aussi représenter une opportunité pour d’autres afin de se différencier de la concurrence. Et que les entreprises ne s’y trompent pas, a prévenu Sandrine Macé à propos du développement de l’IoT : « c’est une lame de fond qui est en train de transformer nos sociétés ». Un objet équipé d’un ou de plusieurs capteurs permet en effet de remonter différents types de données afin de les traiter puis de prendre des décisions, que ce soit en mode monitoring, en mode alerte, en mode maintenance prédictive ou encore en mode tout autonome. En d’autres termes, l’IoT est exploitable dans le cadre des deux grandes notions de la traçabilité, le tracking et le tracing.

Des silos doivent encore tomber

« Toute la richesse de l’IoT repose toutefois dans sa connectivité, a poursuivi la directrice scientifique de la chaire IoT à l’ESCP-Europe. Aussi, il me semble que des silos doivent encore tomber dans la chaîne d’approvisionnement afin qu’il y ait davantage d’échanges de données et de contacts entre les différents niveaux de la supply chain. » La mutation devrait s’effectuer d’autant plus aisément que les demandes de transparence et de prévention n’ont sans doute jamais été aussi grandes dans nos sociétés.

Les domaines d’application de l’IoT sont en outre déjà nombreux et variés, de la gestion de collecte d’ordures avec des boîtiers insérés dans des containers destinés à suivre leur taux de remplissage et à optimiser les tournées de camions, en passant par la livraison de produits à domicile via des robots urbains, ou encore le réapprovisionnement à distance en dosettes grâce à des machines à café connectées.

L’Internet des objets peut en outre intervenir sur toute une chaîne, comme le démontre la « coiffe intelligente » que le Syndicat général des vignerons de Champagne a décidé d’intégrer prochainement à toutes les bouteilles de champagne : elle va permettre de tracer les bouteilles via différents hologrammes et QR codes (certains de ces éléments sont destinés aux clients finaux et d’autres à des acteurs tels que les services des douanes). « Une fois scannés à l’aide d’un smartphone ou d’un lecteur, une connexion s’établira avec des applications logistiques, de contrôle du marché gris, administratives ou encore d’informations aux consommateurs », a précisé Sandrine Macé.

Multiplication des projets et réalisations

Lors du forum d’été, le cabinet de conseil expert en supply chain Argon Consulting a rappelé que l’utilisation de l’IoT était plutôt récente dans la supply chain, avec des projets et des réalisations qui s’y sont multipliés ces deux dernières années. Il y a toujours plus d’objets connectés dans le monde : tous secteurs d’activité et tous types d’application confondus, il est prévu d’atteindre les 20 milliards d’objets connectés sur la planète à l’horizon 2020.

« Tout repose d’abord sur un réseau », a précisé Fabrice Bonneau, directeur général France d’Argon Consulting. Et en matière d’IoT, étant donné qu’il s’agit surtout d’exploiter un réseau qui soit grande distance tout en étant moins puissant et moins énergivore que les réseaux de téléphonie mobile, les entreprises ont ici le choix entre les réseaux Sigfox ou LoRa, deux réseaux low power wide area network (LPWAN). La solution se complète ensuite avec des capteurs connectés et une plateforme IoT, tous ces éléments permettant notamment aux supply chain managers de disposer d’informations sur leurs flux, jusque-là plutôt opaques. « En moyenne, un envoi intercontinental de conteneur maritime donne lieu aujourd’hui à 200 interactions et fait intervenir 28 acteurs », a rappelé Fabrice Bonneau.

Difficile de savoir vraiment ce qui se passe à toutes les étapes, problématique qui peut être réglée en grande partie grâce à l’IoT… et comme le prouve la solution de suivi temps réel de conteneurs maritimes mise en place par le groupe Michelin en partenariat avec Sigfox et Argon Consulting. Les pilotes et tests effectués par le manufacturier sur une partie de ses flux intercontinentaux stratégiques lui ont déjà permis d’identifier différents gains, notamment au niveau de ses lead times et de ses stocks (4 fois moins de ruptures de stock dues à des causes exceptionnelles, comme les conditions climatiques et météorologiques, une heure estimée d’arrivée plus précise de 40 % et une réduction du stock de transit jusqu’à 10 %). Intéressant, quand on sait que d’une part, il ne lui en coûte que de 20 à 30 euros par expédition (ce tarif inclut la reverse logistique des capteurs), et d’autre part, qu’il charge tous les ans de 130 000 à 150 000 EVP (conteneurs équivalents vingt pieds).

Un moyen de challenger ses partenaires logistiques

Le manufacturier était en attente de ce type de solution. Yvan Baturone, chef de projet métier chez Michelin, est intervenu dans le public pour signaler que son groupe cherchait depuis des années ce genre d’outil, afin de savoir où étaient ses conteneurs et comment calibrer ses stocks de sécurité. « Avec cette solution, que nous venons de mettre en œuvre et qui est en train de monter en puissance, nous allons en plus avoir les moyens de challenger nos partenaires logistiques en regardant comment ils traitent nos flux », a relevé le responsable.

En d’autres termes, la traçabilité est appelée à être de moins en moins subie et de plus en plus contrôlée chez Michelin. Et cette évolution devrait se généraliser dans nombre d’entreprises.

Au cours de l’une des deux tables rondes, Stéphane Loyer, senior account manager transport et logistics chez Zebra, a estimé que la traçabilité était devenue un argument commercial et que les points de contrôle de produits dans certains process allaient être multipliés par quatre entre 2017 et 2022. « Si la traçabilité reste morcelée et que la collecte des données repose encore sur des actions humaines à hauteur de 99 %, un véritable bond en avant va être accompli grâce aux nouvelles technologies comme le Cloud, l’Internet des objets et la blockchain », a-t-il aussi souligné.

Les atouts de la blockchain

En matière de blockchain justement, tous les atouts de cette technologie appliquée à la traçabilité ont été relevés par plusieurs intervenants lors de cette 12e édition du forum d’été. « C’est l’une des briques qui permet de répondre aux problèmes fondamentaux et nouveaux qui se posent dans les supply chains industrielles », a ainsi expliqué Matthieu Hug, président-fondateur de Tilkal, start-up qui rend possible la traçabilité et la transparence de bout en bout de produits et de biens sur toute une filière, via une plateforme utilisant les technologies big data et blockchain.

En effet, les doutes sur les parcours, les composants et les méthodes de fabrication des produits n’ont peut-être jamais été autant d’actualité : dans un sondage réalisé il y a un peu plus d’un an par TNS Sofres, 75 % des Français ont estimé que l’achat d’un produit alimentaire industriel pouvait nuire à leur santé, mettant en lumière leur défiance vis-à-vis des marques.

« Les supply chains actuelles sont en outre fragmentées et globalisées, et les systèmes qui permettent de savoir où sont les produits, comme les WMS, les TMS ou encore les ERP, sont assez isolés car restants la propriété des intervenants de la supply chain », a poursuivi Matthieu Hug. Selon ce responsable, il y a donc aujourd’hui relativement peu d’échanges d’informations entre les acteurs de la supply chain, ce qui rend difficile au final de savoir d’où viennent vraiment les produits qui sont en rayon et quel a été leur véritable parcours. « Et l’une des autres conséquences de cette situation, c’est que cela favorise le commerce illicite, a relevé le président-fondateur de Tilkal. Or, les entreprises qui se livrent à ces malversations, qui représentent un chiffre d’affaires estimé entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars, ont complètement intégré leur supply chain et se sont insérées dans les supply chains légales au niveau de la fabrication, du transport, de la logistique ou encore de la distribution. » Une situation qu’il est possible de combattre via une plateforme de traçabilité exploitant la blockchain. « La traçabilité répond à une problématique filière, et l’intérêt de la blockchain est de concilier une base de données et un protocole qui permettent à plusieurs acteurs de partager une information auditable sans que l’un des acteurs ne centralise les données ni ne contrôle le réseau », a poursuivi Matthieu Hug.

Nécessité d’une boucle de rétroaction

Pour le président-fondateur, dans la mesure où la blockchain est une technologie et non une solution métier, il convient néanmoins d’ajouter une boucle de rétroaction à toute bonne plateforme de traçabilité reposant sur la blockchain : en rendant analysables et auditables les données collectées, elle permet de procéder à des mesures correctrices par la suite. C’est ce qu’a mis en place Tilkal pour le laboratoire pharmaceutique Rodael, afin de tracer ses compléments alimentaires à base de zinc destinés à l’Afrique subsaharienne.

Ces analyses permettent, entre autres, d’identifier quels lots sont effectivement arrivés à destination dans les dispensaires, et par voie de conséquence ceux qui n’y sont jamais parvenus, la solution mise en place impliquant un scan des produits à différentes étapes de la chaîne (laboratoire, terminaux portuaires, douanes, dispensaires).

« Une blockchain est moins source de véracité que de validité », a rappelé ici Matthieu Hug. Preuve en est, la blockchain n’aurait jamais pu éviter le scandale de la viande de cheval, a conclu, lors de son intervention, Thibault Glaunez, membre de l’association La Chaintech. « Cette technologie authentifie simplement des informations », a-t-il indiqué, estimant aussi que la blockchain est une bonne chose pour la réputation des entreprises, et que cette technologie devrait continuer à se développer dans la mesure où elle est déjà compatible avec l’IA et l’IoT. « À plus ou moins long terme, le véritable défi de cette technologie pourrait être celui de l’interopérabilité entre blockchains », a également relevé Thibault Glaunez.

Transparence et différents niveaux de confidentialité

Du côté de Bureau Veritas et de la société Worldline (groupe Atos), l’avenir proche sera au développement d’Origin. Cette solution de traçabilité alimentaire, qui repose sur la blockchain privée MultiChain, fait l’objet d’un pilote dans la filière thon, et d’autres pilotes vont suivre dans les filières de la crevette, de la viande bovine et de la pomme (dans cette blockchain, l’exactitude des informations enregistrées est de la responsabilité de Bureau Veritas et leur intégrité/sécurité de la responsabilité de Worldline). « Cette solution répond à un besoin de transparence chez les consommateurs et les différents acteurs des chaînes logistiques, a expliqué Antoine Giros, directeur développement activités agroalimentaires chez Bureau Veritas. Les premiers ne supportent plus de ne pas connaître l’origine ni les différentes étapes de production des produits qu’ils consomment, et les seconds doivent encore faire face à des crises sanitaires qui donnent lieu à des campagnes de rappel produits qui prennent du temps. »

La solution trouvée par les deux partenaires consiste à collecter des données aux différentes étapes de production d’un produit (production, transport, transformation et distribution) et de les envoyer en temps réel dans la blockchain, afin d’établir des historiques de production qui sont ensuite accessibles aux différents acteurs de la chaîne avec plus ou moins de données communiquées. « Les informations transmises ont différents niveaux de confidentialité, a rappelé ici Charline Crosnier, business developer chez Worldline. Elles peuvent être privées, confidentielles ou publiques. » En bout de chaîne, et simplement en flashant un QR code avec un smartphone, les consommateurs ont accès aux historiques complets des produits (dates et zones de pêche, lieux de transformation, etc.). Pour ce qui est de la collecte des données, elle peut se faire via des capteurs, mais aussi directement depuis des ERP, WMS et TMS, ainsi que via des interfaces web développées par Worldline (elles autorisent des intégrations manuelles).

Côté investissement dans le cadre d’un déploiement, il est de moins de 1 % de la valeur du produit final, montant réparti entre les différents acteurs de la chaîne. « De la valeur est apportée à tous les maillons de la chaîne », a souligné ici Antoine Giros. Le responsable a aussi estimé que le rôle d’un tiers de confiance dans une solution de traçabilité s’appuyant sur une blockchain était essentiel. Il considère qu’il permet d’établir des règles du jeu et de gouvernance, ainsi que d’effectuer des audits tout le long d’une chaîne pour valider les données envoyées dans la blockchain. Autant d’éléments qui expliquent qu’en matière de traçabilité de bout en bout, l’heure est plutôt au rebooting.

Indispensables standards

En matière de traçabilité, les standards sont tout sauf des gadgets, ont rappelé la coopérative agricole Terrena et l’organisme de normalisation GS1. Ce dernier chapeaute la plateforme collaborative de traçabilité sur laquelle a été développé le portail de la coopérative agricole dénommé AgriMatrice. « Un standard est une condition et une nécessité quand on veut faire de la traçabilité, a rappelé Nicolas Pauvre, chef de projets chez GS1 France. Un langage commun est nécessaire dès lors qu’il y a plusieurs intervenants. Cela doit même être le fil rouge d’un projet de traçabilité. »

De plus, il y a langage commun avec le standard de traçabilité par événement EPCIS de GS1, celui exploité par AgriMatrice : il permet aux acteurs d’une chaîne de partager, valoriser et exploiter des données entre eux, en plus d’autoriser la mise à disposition de tout ou partie de ces informations aux consommateurs. « La plateforme sert de moteur de règles d’accès aux données et de connecteur vers les différentes sources de données et de traçabilité via des API », a précisé Nicolas Pauvre. Le partage des datas est ainsi facilité car tous les événements utilisent un même format. « Les données recueillies sont visibles sur le portail en utilisant les codes GTIN et GLN », a noté Guillaume Ardillon, directeur digital du groupe Terrena.

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Pas de connectivité sans API

Stéphane Cren en est convaincu : dans la supply chain, la connectivité s’effectuera désormais à base d’API. « Elle ne se fera plus avec ce que l’on y a connu, a souligné le responsable innovations de GS1 France. Si l’EDI va perdurer, tout ce qui va s’inventer désormais en termes de connectivité reposera sur les technologies web. Elles sont plus faciles à mettre en œuvre et plus aisément généralisables. »

Afin que tout le monde parle le même langage, Stéphane Cren préconise néanmoins de commencer à standardiser les API. « Du consensus doit aussi être créé en la matière. Des questions restent d’actualité au niveau de la gouvernance des plateformes collaboratives transport, comme de savoir si les algorithmes qui président aux classements de leurs offres de transport et logistique sont auditables. »

Pour le responsable, les échanges réalisés sur plusieurs plateformes doivent en outre être anonymisés, notamment via des connecteurs. Une API d’interconnexion et un connecteur ont ainsi été mis en œuvre, dans le cadre d’un groupe de travail constitué par GS1 et destiné à permettre la prise de rendez-vous transporteur chez un partenaire avec n’importe quelle solution d’agenda numérique du marché.

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Les exposants du forum d’été 2018

Plus de 500 participants ont assisté aux conférences et aux tables rondes du forum d’été 2018 de Supply Chain Magazine. L’espace networking et exposants comprenait 11 stands.

Leclerc Chez N va relever de nouveaux défis

Le service de livraison à domicile de courses en ligne de l’enseigne E. Leclerc sur Paris est déjà appelé à s’enrichir. Opérationnel depuis mars, il va donner lieu au suivi de nouvelles données et à une évolution de son service clients. « À terme, nous comptons aussi y assurer un suivi de température de nos produits frais via l’IoT », a révélé Pascal Potdefer, directeur de Leclerc Chez Moi (Parisnordis/Scapnor). Au final, les clients devraient aussi pouvoir y modifier leur horaire de livraison jusqu’à deux heures avant le créneau initialement choisi. Autant de nouveaux défis qui devraient être relevés en partenariat avec Acteos. « Nos objectifs à trois ans sont de 4 000 à 6 000 livraisons quotidiennes, avec un chiffre d’affaires annuel de 125 à 190 M€ », a rappelé le directeur.

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  • Armindo Dias

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