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Vol de fret

Toujours difficile à endiguer

Grand angle | publié le : 05.07.2019 | Dernière Mise à jour : 09.07.2019

Alors que la fréquence des vols de fret tend à diminuer, la valeur des sinistres augmente. En cause, des camions transformés en coffres-forts roulants qui aiguisent la convoitise de bandes organisées opérant sur des routes ou des bourses de fret.

En matière de vol de fret, 2019 sera-t-elle une année noire pour la France ? La question est ouverte après la lecture du rapport de l’Association pour la protection des marchandises transportées (TAPA–Transported Asset Protection Association). Publié en mai dernier, celui-ci déplore pour le premier trimestre de l’année 740 incidents contre 24 pour la même période en 2018. La France est le pays où l’on enregistre le plus grand nombre de vols de fret pour la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique). Sur les 28 pays référencés sont aussi pointés du doigt le Royaume-Uni avec 682 incidents contre 382 pour les mêmes périodes, la Suède avec 553 incidents contre 34 et l’Allemagne avec 379 incidents contre 25. Cette brusque montée des chiffres montre que le transport de fret suscite la convoitise partout en Europe.

Surtout sur les parkings et aires d’autoroute

Ces vols peuvent être le fait d’individus isolés qui opèrent par opportunité ou d’organisations mafieuses. Pour ces dernières, « il s’agit de bandes très bien structurées venues d’Italie, de Hongrie, Pologne et d’autres pays de l’Est qui sont », estime Patrice Bouvet, un enquêteur d’assurances qui travaille avec les gendarmes français mais aussi les forces de l’ordre de la République tchèque où un département des transporteurs fantômes a été créé. Sûrement un clin d’œil aux bandes qui profitent du développement de la sous-traitance en cascade pour détourner du fret en constituant des entreprises sous de fausses identités. À moins qu’elles n’opèrent directement sur les places de stationnement.

En 2018, selon un document confidentiel de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), et sur un total de 2 545 faits, 32 % des vols de fret se sont produits sur des aires d’autoroute, 29 % sur des parkings et 22 % sur la voie publique. Des statistiques éloignées de la réalité, sachant que la plupart des entreprises préfèrent ne pas porter plainte par manque de temps notamment. Ce qui empêche d’ailleurs les enquêteurs de faire le lien avec d’autres vols. Pour autant, le chiffre de 2 545 faits est en légère hausse par rapport à 2017 où on en comptait 2 530 mais en baisse par rapport à 2016 où 2 730 faits se sont produits. Une année noire comparée à 2015 où avaient été recensés 2 330 vols.

Les Régions les plus touchées en 2018 étaient le Grand-Est (21 %), l’Île-de-France (16 %), les Hauts-de-France (14 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (13 %). Ce sont 70 % des vols (soit un peu plus de 1 780 cas) qui se sont produits par effraction des portes ou de la bâche lorsque le véhicule était à l’arrêt. Dans 9 % des cas, les vols ont été commis dans les entrepôts et, dans 2 % des cas, les véhicules ont disparu avec leurs marchandises. Enfin, les vols aggravés ont représenté 3 % des faits mais ils représentent 40 % du préjudice annuel. Il s’agit souvent de bandes organisées ou de commandos opérant avec ou sans arme.

Enfin, les catégories de fret les plus convoitées concernent le multimédia et la téléphonie (9 %), l’alcool (8 %) les vêtements et chaussures (6 %). Sur cette liste à la Prévert, Patrice Bouvet ajoute les articles de luxe mais aussi les produits alimentaires et les métaux De quoi donner le tournis aux assureurs !

Explosion de la valeur transportée par camion

Le vol de fret est la source principale de sinistres chez Helvetia Assurances. Sa part, en valeur, oscille entre 25 et 30 % contre 15 à 20 % il y a vingt ans. Cette croissance n’est pas liée à une explosion des vols. « Depuis trois ou quatre ans, grâce aux efforts menés par les transporteurs en termes de suivi et de traçabilité des camions, les sinistres ont vu leur fréquence diminuer, mais leur valeur a augmenté compte tenu de la nature des marchandises dérobées », soulève Philippe Perrine, directeur du marché transporteurs et logisticiens chez Helvetia Assurances. Ce dernier s’alarme de voir que la valeur transportée par camion tend à augmenter, en raison notamment de la stratégie de flux tendus adoptée par les donneurs d’ordre. Il n’est pas rare que la valeur embarquée dans un camion atteigne 1 à 2 millions d’euros, voire plus. Une aubaine pour les délinquants qui savent que braquer un camion est moins risqué que de cambrioler une banque car les condamnations à la prison sont moins lourdes. À l’instar de Patrice Bouvet, les deux assureurs pointent du doigt la présence de bandes très organisées et férues de technologie. « Venues notamment d’Italie, du Benelux, du Maghreb et des pays de l’Est, elles opèrent aussi bien sur les routes, lorsque les véhicules sont à l’arrêt, que sur les bourses de fret, par usurpation d’identité ou création de vraies fausses entreprises. Dans ce cas, il est très difficile de retrouver les marchandises », relève Marc Gillard.

2 545 vols de fret en 2018

Sur les 2 545 vols enregistrés par l’OCLDI, le pourcentage lié aux bourses de fret n’est que de 3 %. Pour autant, ces services en ligne posent de sérieux problèmes aux assureurs qui éprouvent de vives difficultés à maîtriser le risque en dépit des efforts menés par les opérateurs de ces plateformes. Les bandes organisées agissent au travers d’entreprises qu’elles ont créées sous une fausse identité. Certaines effectuent trois ou quatre fois le transport de marchandises sans accroc avant de disparaître au quatrième contrat. « Nous conseillons à nos assurés de ne pas recourir aux bourses de fret lorsqu’ils recherchent un transporteur pour de la marchandise sensible ou à forte valeur, mais de privilégier davantage des outils traditionnels comme le téléphone, qui permet une meilleure identification avec le transporteur », suggère Philippe Perrine.

Des conseils qu’anticipe sûrement Transeurope CJ. Basée à Roanne (42), cette filiale du groupe roannais Fret Europe (30 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 6 millions d’euros en affrètement) est spécialisée dans le transport de marchandises générales en France et en Europe par palettes ou camions complets. Comme ses confrères, elle recourt quotidiennement aux bourses de fret pour trouver des sous-traitants. « Lorsqu’une entreprise appelle, nous lui demandons systématiquement trois références que nous vérifions. Par ailleurs, nous ajoutons dans le contrat une clause qui interdit le réaffrètement et, si le sous-traitant passe outre, il est précisé que la prestation ne sera pas due », explique Carmelo Professo, dirigeant de Transeurope CJ. En dépit de ces menaces, certains, malgré tout, passent outre. Ce qui a amené l’entreprise à redoubler de vigilance. « Nous demandons à nos clients de vérifier que le tampon apposé sur la lettre de transport CMR correspond bien au nom de l’entreprise de transport que nous leur avons préalablement indiquée », indique le dirigeant, qui applique à la lettre la méthodologie mise en place par Patrice Bouvet pour éviter le détournement de fret.

Des procédures à suivre

Avant de faire appel à un nouveau transporteur, la procédure consiste à vérifier qu’il figure bien sur la liste des entreprises inscrites au registre électronique national des entreprises de transport par route et au registre des commissionnaires de transport. « Nous leur rendons visite afin de vérifier leur santé financière et l’état des locaux. Nous leur demandons systématiquement trois références que nous appelons systématiquement », rapporte Carmelo Professo.

Mais quels risques encourent les transporteurs qui ne prennent pas suffisamment de mesures pour endiguer les vols de fret ? « En cas de problème, le chargeur et son destinataire peuvent se retourner contre le transporteur », met en garde Philippe Perrine. S’ils vont au tribunal et qu’apparaissent des négligences imputables au transporteur, ce dernier est susceptible d’être condamné par les tribunaux pour faute inexcusable. « Dans ce cas, il ne pourra pas invoquer les limites de responsabilité prévues par la loi et devra rembourser le sinistre au premier euro », fait part Philippe Perrine en rappelant les bonnes pratiques à observer. D’abord, il faut éviter de stationner sur le bas-côté d’une route non éclairée ou sur une aire de repos non sécurisée. Mieux vaut donc privilégier les parkings sécurisés quand ils sont disponibles. De son côté, Marc Gillard préconise de veiller à l’organisation, de charger la marchandise et de la livrer le même jour sans rupture, si possible, et d’investir dans des équipements de prévention comme des systèmes antidémarrage ou encore des bâches armées pour éviter qu’elles ne soient découpées au utter. Pour les produits les plus sensibles, il existe des solutions de portes pneumatiques fermées de l’intérieur qui ne s’ouvrent qu’une fois le chargement parvenu à destination grâce au couplage du système avec la géolocalisation. Il faut avoir conscience que le grand banditisme dispose de moyens technologiques importants alors que les forces de l’ordre en sont démunies, comme le constate Patrice Bouvet. Les malfrats n’hésitent pas à utiliser des brouilleurs d’ondes pour éviter que les transporteurs suivent le camion par GPS.

Le bon sens doit prévaloir

Les transporteurs doivent aller plus loin en misant sur l’organisation mais aussi sur le recrutement. « On s’aperçoit lors d’enquêtes de gendarmerie ou de police que les vols de camions complets, de semi-remorques ou d’ensembles routiers ont bénéficié de complicités internes soit chez le transporteur, soit chez le chargeur, soit chez le destinataire », rapporte Marc Gillard. En fonction de la valeur de la marchandise, les transporteurs doivent s’interroger sur leur capacité financière à effectuer leur mission en toute sécurité, recommande ce dernier qui ex-horte les chefs d’entreprise à discuter en amont du transport avec les chargeurs afin de s’organiser en conséquence et que chacun prenne ses responsabilités. « Le bon sens doit prévaloir notamment chez les chargeurs, quitte à répartir les valeurs transportées sur plusieurs véhicules de sorte à répartir les risques et ne pas transformer le camion en un coffre-fort roulant », préconise Philippe Perrine. Savoir bien s’organiser en interne et avec ses clients est aussi à la portée des TPE. C’est du moins ce qu’illustre KMV+, une TPE basée à Osny (95). Créée en 2017, elle compte cinq personnes dont trois associés venus des métiers de la manutention et du transport. « Nous sommes spécialisés dans la livraison, le portage et la manutention lourde de matériel médical et d’équipements haut de gamme comme les cuisinières La Cornue », indique Mathieu Fata, directeur de KMV+, qui loue un entrepôt de 600 m2 sécurisé avec barrière à l’entrée et vidéosurveillance, ce qui rassure ses clients. À chaque tournée, un des trois cofondateurs monte à bord du camion. « Nous privilégions les trajets directs mais s’il faut s’arrêter, un des deux passagers reste à proximité du véhicule afin d’éviter les facteurs de risque », précise le directeur.

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Auteur

  • Éliane Kan, Erick Haehnsen

L'Officiel des Transporteurs I Grand angle

« Mieux prévenir que guérir »

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