Bassin rhénan : beau fixe pour la croisière, nuages sur le fret

Crédit photo Port de Strasbourg
La croisière reprend des couleurs, l’activité fret se trouve affaiblie dans plusieurs filières par les crises mondiales. Mais Voies navigables de France se réjouit de belles croissances, comme celle du colis lourd au port de Colmar ou encore de la logistique urbaine, et investit massivement pour fluidifier et sécuriser encore le service.

"Un record historique d’activité" : dans le bilan 2023 du trafic fluvial sur le bassin rhénan publié le 13 mars, Voies navigables de France (VNF) s’enthousiasme du nombre inédit de 2 981 paquebots fluviaux observé sur le Rhin en 2023, soit près de 400 000 passagers. "Les écluses de Gambsheim affichent ainsi une très belle croissance de de 20 %", de passagers sur l’année, précise VNF.

À l’origine de ces résultats inédits : une offre de croisière fluviale en constante augmentation depuis 2013. Grâce aussi à une "très belle croissance" des bateaux à passagers – comme les vedettes strasbourgeoises Batorama qui affichent + 14  % de personnes à bord –, "le tourisme fluvial retrouve ses niveaux d’activité d’avant la crise sanitaire ", se félicite l’établissement.

Céréales et conteneurs en baisse

La situation du fret apparaît en revanche plus contrastée. Certaines filières ont en effet subi les contrecoups des crises mondiales : sur le Rhin supérieur (où le trafic, de 14,6 millions de tonnes soit 60 bateaux/jour, a par ailleurs été gêné par une hydraulicité perturbée), la guerre russo-ukrainienne a particulièrement affecté les échanges de produits métallurgiques, en chute de 20 % sur le bassin. La filière céréalière, quant à elle, voit la demande mondiale baisser de 17  % du fait d’une lenteur de la reprise économique en Chine et aux États-Unis, et d’une diminution globale des cheptels.

Autre activité à la peine, celle du conteneur. Touchée par le ralentissement des échanges avec les pays exportateurs, celle-ci connaît une diminution de 26 % par rapport à 2022. "Les tensions en mer Rouge (où transitent 75 % des exportations européennes) ont contraint les armateurs à privilégier la route maritime du cap de Bonne espérance, engendrant d’importants surcoûts et un allongement des délais", explique-t-on chez VNF. L’activité conteneurs des ports en subit le contrecoup : - 65 % pour celui de Mulhouse (aussi du fait de mouvements sociaux) et - 22 % pour celui de Strasbourg.

Progression des colis lourds à Colmar

Le port de Mulhouse enregistre lui aussi une baisse (- 13 %), "à cause de la conjoncture internationale, mais aussi d’une interruption ponctuelle d’activité de deux industriels utilisateurs", explique Jean-Laurent Kistler, responsable des relations institutionnelles à la direction territoriale de Strasbourg de VNF.

Quant au port de Colmar, il connaît une belle progression (+ 9 %) grâce à sa spécialisation dans le colis lourd avec l’investissement dans une nouvelle grue de manutention spécifique de la Société d’économie mixte à opération unique. Ce trafic y a ainsi crû de 67 % en 2023, atteignant 464 000 t.

Quelques filières dynamiques

Tous les acteurs du conteneur, par ailleurs, ne sont pas moroses : Guy Erat, directeur de Danser France, se félicite ainsi d’une "plutôt bonne année", portée notamment par des clients industriels, ainsi que par le transport de grumes en conteneurs. "Ces volumes augmentent du fait des coupes massives liées aux sécheresses successives", explique-t-il.

Également dynamiques, deux filières majeures pour le fret fluvial affichent une progression : aux écluses de Gambsheim, celle des produits pétroliers enregistre + 13 % et celle du BTP (matériaux de construction) + 10 %. "Il s’agit de trafics spécifiques vers l’Allemagne, qui ne sont pas soumis aux effets de la crise russo-ukrainienne", commente Jean-Laurent Kistler.

Fluvialisation croissante des chantiers urbains

Le fret fluvial pour le BTP est ainsi porté par une fluvialisation croissante des chantiers urbains. La construction du nouveau quartier Archipel, à Strasbourg, a généré à lui seul le transport 4 500 tonnes de matériaux, agrégats et autres tuyaux sur le canal de la Marne au Rhin. Ce report modal de la route vers le fluvial va se poursuivre pour le quartier Citadelle.

La tendance est identique pour la distribution urbaine de marchandises : intervenant depuis 2020 sur l’Ill, à Strasbourg, la société Urban logistic solutions (ULS) a enregistré en 2023 plus de 452 voyages, soit deux allers-retours par jour ouvré. VNF se réjouit donc qu’elle se soit implantée aussi cette année à Mulhouse, pour une rotation quotidienne par bateau, soit 3 à 10 t/jour de tous types de marchandises.

Poursuite de la modernisation du réseau en 2024

Pour accompagner ces tendances par une modernisation de ses infrastructures, VNF a investi 23 M€ en 2022 puis en 2023 et prévoit 22 M€ en 2024 grâce à l’augmentation de l’enveloppe consacrée au fluvial dans le budget de l’État, mais aussi, en 2021 et 2022, au plan France relance (24 M€ pour la direction territoriale VNF de Strasbourg) et à des cofinancements de collectivités, de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse ou encore de l’Union européenne.

La modernisation en cours dans le bassin rhénan porte sur le pilotage des ouvrages, sur les bâtiments d’exploitation, sur l’automatisation de la gestion hydraulique (par exemple au poste de commande de Mittersheim, sur le canal de la Sarre ou bientôt à l’écluse de Rhinau sur le canal du Rhône au Rhin) et enfin sur la pose de la fibre optique (notamment sur tout l’itinéraire du canal de la Marne au Rhin et bientôt sur le canal de Colmar). Le numérique, en effet, permet un service "plus réactif et performant", explique VNF.

Caring : une "tour de contrôle" fluviale à Gambsheim

Autres chantiers : la régénération, d’ici à 2026, des écluses de Gambsheim (38 M€) ou encore la rénovation du Centre d’alerte rhénan et d’information nautique (Caring) qui s’y trouve. Trop vétuste et exigu, le bâtiment actuel de cette "tour de contrôle" de tout le réseau fluvial du bassin, va être remplacé par un autre, plus important, où l’unité territoriale de VNF installera par ailleurs son siège. La première pierre a été posée le 18 mars.

Enfin, certains investissements visent l’adaptation aux enjeux de la ressource en eau. En 2023, c’était le cas des modernisations de la station de pompage de l’étang du Stock, et des barrages de Nitting et Lorquin. Cette année, VNF poursuit l’effort avec le remplacement du barrage à aiguilles à Strasbourg et la sécurisation des rives du canal de Montbéliard à la Haute-Saône.

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