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Intralogistique

Amazon nous prépare un entrepôt de rupture

Parole d’expert | publié le : 01.04.2018 | Dernière Mise à jour : 10.04.2018

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Amazon nous prépare un entrepôt de rupture

Crédit photo François Rochet

En avril 2017, la société Amazon a déposé un permis de construire pour son nouvel entrepôt de Brétigny-sur-Orge, bien éloigné des standards classiques de l’intralogistique. L’activité d’Amazon serait-elle si spécifique au point de faire des choix « out of the box » ? Cette entreprise aurait-elle un coup d’avance dans l’avènement de l’entrepôt 4.0 ? Voici notre analyse, à partir des éléments accessibles au public.

Depuis quelques dizaines d’années, nos entrepôts logistiques sont conçus autour de standards s’appliquant aux tailles de cellules, aux racks, aux chariots, aux conditionnements, et cela a induit progressivement des processus de stockage et de préparation de commandes relativement identiques d’un entrepôt à l’autre. Les zones de stockage, qui représentent 70 à 90 % des surfaces au sol, sont essentiellement constituées de palettes dans des racks en allées larges ou étroites, avec des chariots conventionnels ou tri-directionnels. Elles servent à alimenter une zone dite de préparation (zone de picking), constituée classiquement d’étagères ou d’espaces de prélèvement au sol.

Ce mode de fonctionnement nécessite en contrepartie des tâches régulières de réapprovisionnement du picking, dont les opérationnels connaissent bien l’importance et la sensibilité : trop anticipé, le rangement se révèle problématique ; trop tardif, les ruptures sont coûteuses. Par ailleurs, ce modèle de centre de distribution classique est très consommateur de chariots de manutention.

Tout stocker en cartons ou à l’unité

Intéressons-nous maintenant au projet Amazon de Brétigny-sur-Orge, tel qu’il est décrit dans le document soumis à enquête publique, disponible sur le site de la préfecture de l’Essonne*. Le futur entrepôt est subdivisé en deux bâtiments distincts, à savoir le bâtiment e-commerce, 60 000 m2 d’emprise au sol, et le bâtiment sort center, 47 000 m2 d’emprise au sol. Laissons de côté le sort center, spécifique à l’activité Amazon (distribution des colis), pour nous intéresser uniquement au bâtiment e-commerce dédié à la préparation de commandes. Il est apparemment constitué de deux zones, une cellule rack à allées étroites (dénommée VNA, pour very narrow aisle) de 4 900 m2 et un groupe de 8 cellules de 43 000 m2 au total, sans rack. Ce qui est frappant, c’est la faible superficie de la zone rackée (moins de 10 %) : Amazon fait donc le choix de tout stocker en carton ou à l’unité.

Une séparation entre réserve et picking supprimée

Le bâtiment comprend quatre niveaux, dont un niveau L1 constitué d’un système complexe de convoyage, avec une face pour les réceptions et une autre pour les expéditions. Aucun système par chariot et/ou par palette se semble envisagé (hormis la zone VNA précitée). On distingue également plus de 80 postes d’emballage avec des convoyeurs d’évacuation. Le niveau L2, étonnamment, est désigné comme fictif. Sur les niveaux L3 et L4, Amazon prévoit la première utilisation en France des AGV de Kiva Systems (devenu Amazon Robotics). Le nouveau site semble construit autour de cette solution robotisée de type goods to man, dont le principe est de transporter des étagères multiréférences aux préparateurs de commandes par une flotte de robots autoguidés.

La conséquence de cela, c’est la fin de la distinction entre zone de réserve et zone de picking : plus de stockage de masse, tous les produits/colis sont disponibles immédiatement à la vente. Les gains sont multiples en termes de services, et surtout de productivité. Amazon confirme donc les choix faits sur les autres plateformes d’un mode de stockage aléatoire (un même produit peut être à plusieurs emplacements différents).

Des opérateurs fixes en périphérie de la zone de stockage dynamique

Le graphe ci-dessus indique les positions de prélèvement. Les zones étagères sont situées au centre. La zone centrale ne nécessite donc ni éclairage ni chauffage. On peut par ailleurs remarquer que les postes de travail, installés sur le pourtour de la zone de stockage, ne sont que de deux types. En première lecture, on peut supposer que les uns sont dédiés au prélèvement et les autres aux entrées en stock.

Une densité au m2 de produit très élevée

Le schéma ci-contre proposé par Amazon détaille les allées de circulation des robots ainsi que les positions de stock. On remarque sur le plan d’implantation des blocs de stockage de 28 étagères d’environ 1 m2 d’emprise au sol (soit l’équivalent d’une palette), avec 7 étagères en largeur et 4 en profondeur. Sur ces blocs, seules les étagères périphériques (celles en bleu sur le schéma) sont accessibles directement par des robots, mais il suffit de déplacer une seule étagère pour accéder aux autres (les 10 en rose). Ce choix permettrait de gérer des classe C au centre des blocs, et les classe A et B en périphérie.

Si cette organisation nécessite plus de robots, elle a cependant l’immense avantage de massifier très fortement les stocks. Alors que dans un stock de masse, le ratio de stockage est de 0,28 emplacement par niveau et par m2 au sol, ici, le ratio passe à 0,6. En d’autres termes, le stockage sur étagère avec deux niveaux (L3 et L4) est équivalent à un stockage traditionnel en palettiers avec 4/5 niveaux de stockage. Pour une emprise au sol de 40 000 m2, Amazon réussit donc à stocker l’équivalent d’un système à palettiers classiques, tout en rendant tous les stocks disponibles à la vente (et en supprimant les racks, les chariots de rangement et le réapprovisionnement picking). C’est un concept radicalement nouveau.

Un projet 100 % goods to man

Il ressort de ce premier aperçu du projet d’entrepôt de Brétigny-sur-Orge un choix clair fait par Amazon de supprimer presque en totalité le déplacement des opérateurs. Il s’agit d’un projet 100 % goods to man, non seulement pour le picking mais aussi pour la réception, le rangement, le prélèvement et l’emballage. Or, quand on sait que les déplacements sont le premier poste de consommation de temps dans l’entrepôt (50 à 70 %), on ne peut qu’imaginer le niveau de très haute productivité induit dans cet entrepôt d’un nouveau genre. Ajoutons que le contrôle des cadences sur ces postes fixes sera de fait beaucoup plus facile à gérer, et qu’une grande flexibilité sera possible à terme, car la multiplicité des postes de travail facilitera l’adaptation des ressources à la charge. Surcapacitaire en équipement, l’entrepôt ne consommera la main-d’œuvre qu’en fonction de la charge de travail. Enfin, la suppression du stockage de masse au profit d’un grand stock sur étagères ne peut qu’améliorer la réactivité et le côté lean de l’entrepôt, quand on connaît l’importance accordée par Amazon au délai de livraison. Les choix d’Amazon apparaissent donc en rupture totale avec les entrepôts logistiques couramment rencontrés.

La question reste de savoir si ce concept logistique est extrapolable sur d’autres activités ou à d’autres secteurs. On pourrait estimer in fine que ces principes seraient applicables assez largement dans les situations nécessitant beaucoup de références et de taille/poids réduits (textile, chaussures, produits culturels, pièces de rechange, sport, cosmétique, etc.), aussi bien pour du retail que pour de l’e-commerce, et pour tout type de flux (entrants/sortants). Le stock serait commun dans une approche multicanale, conciliant robotisation, souplesse et performances (particulièrement dans la gestion des retours e-commerce ou boutique). En revanche, pour des entrepôts de préparation de commandes en pack ou en carton (comme par exemple dans la grande distribution), la problématique se révèle différente et ce schéma d’organisation ne pourrait être envisagé que sur les produits de faible rotation.

Nota : Un article du Figaro du 8 mars dernier annonce 3 000 robots Kiva installés (25 m2 par robot en moyenne), pour une capacité de traitement de 600 000 commandes par jour.

* Les schémas publiés dans cet article sont extraits du document Amazon soumis à enquête publique. Si vous souhaitez accéder directement à la description du projet, voici le lien : http://enquetepublique-pref91.fr/amazon-france-transport-bretigny-sur-orge/dossiers/

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Auteur

  • François Rochet

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