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SITL 2017

Le « tracking » dans toutes les têtes

Technologies | publié le : 07.04.2017

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Le « tracking » dans toutes les têtes

Crédit photo Benoît Barbedette

Suivi des conducteurs, suivi des véhicules, suivi des marchandises, suivi des capacités de transport, suivi des émissions polluantes… Les sources d’informations et la multiplication des canaux de remontée transforment le marché du lot. Applications mobiles et boîtiers embarqués rivalisent de nouvelles fonctionnalités. Mais à qui sert ce « big data » du transport et pour quels usages ?

La dernière SITL, qui a fermé ses portes le 16 mars, a fait la part belle aux effets de la digitalisation. Chacun hésitant, sous profusion de possibilités technologiques, entre les bienfaits visibles et les méfaits sous-jacents. Applications mobiles et portails web en masse, smartphones et télématique, TMS devenant « tour de contrôle », solutions enrichies d’informatique embarquée et boîtiers multiples… Ces outils transforment les organisations en place, en termes de performances et d’efficacité. Faut-il plus « tracer » le camion que le conducteur ou… inversement ? Ou les deux à la fois ? Les nouveaux points de repère « techno » et coûts d’investissement ont été discutés chez les prestataires spécialistes des systèmes d’information et d’exploitation (bourses de fret, cartographie et géolocalisation, pilotage de flux, données sociales…) ! « Sur notre stand, on a vu autant passer nos clients transporteurs que leurs clients chargeurs. Mais ils ne marchent pas toujours d’un même pas », disait-on chez Astrata.

L’esprit start-up a traversé les allées du salon pendant trois jours, riche en solutions logicielles pour la supply chain et… en TMS sur terminaux mobiles et smartphone. « La SITL 2017 a été une très bonne édition, bien mieux qu’en 2016, indique Arnaud Martin (Akanea) qui a lancé un TMS Freight forwarding pour les commissionnaires internationaux et multimodaux sous forme de portail cloud. Nous avons constaté beaucoup de projets chez nos clients. Le fait déclencheur, c’est la digitalisation ». Propos corroboré par Alain André, le P-dg de GPI : « J’ai vu moins de monde sur notre stand qu’en 2016 mais les transporteurs qui sont venus nous rendre visite avaient un projet bien précis en tête ». Lors de cette SITL, les échanges entre les transporteurs et leurs prestataires informatiques ont principalement porté sur deux domaines :

• Les process internes, à savoir tout ce qui touche aux pilotages de flux et aux plannings, au centre des outils d’exploitation ;

• La place de ces informations dans un écosystème qui s’élargit grâce aux pouvoirs de la connectivité (données commerciales et de production, données sociales…).

Smartphones en devenir

À l’heure de la digitalisation, la place des smartphones (qui profite du succès d’Android) va aller grandissante. Les visiteurs de la SITL ont pu le constater sur le stand de Transporeon qui a inauguré son Mobile Order Management (MOM), dédié au suivi en temps réel. La nouvelle appli doit aider à rendre plus lisibles les derniers kilomètres de livraison. « Notre plateforme offre aux chargeurs et aux transporteurs la gestion des créneaux horaires, l’attribution des ordres de transport, les appels d’offres… Tout a lieu en SaaS, de façon transparente et sans changer d’environnement », explique Peter Förster (Transporeon). « Avec notre Mobile Order Management, nous allons jusqu’au bout de la supply chain. L’appli Android nous permet d’intégrer également les chauffeurs. » Exemple : le transporteur attribue ses ordres de transport via MOM, s’informe de l’endroit où se trouve le camion et le voit représenté sur une carte. Le conducteur, via l’appareil photo du téléphone portable, documente la sécurisation du chargement, le site de déchargement ou les dommages de la marchandise. « Avec la signature du destinataire de la marchandise sur le smartphone comme bon de livraison électronique, tout ceci est attaché àl’ordre de transport, sur la plateforme et stocké », précise le prestataire informatique. En outre, le système électronique rend superflue une grande partie de la documentation papier.

Rapport qualité-prix et service

Malgré leur notoriété et leurs possibilités, les smartphones ne sont pas si nombreux en service dans le transport routier. « Avec les boîtiers, il va y avoir doublon, souligne Alain André (GPI). Certes, les smartphones sont moins onéreux à l’usage. Mais sans boîtier dans le camion, vous perdez le GPS et les données du BusCAN. Les clients se posent des questions ». La tendance est au tracking et au big data. « Les chargeurs et les transporteurs sont amenés à faire tomber les silos internes afin d’instaurer le dialogue entre les différents services : marketing, vente, transport, IT et la logistique », dit-on chez Kratzer Automation. Les clients, acteurs de la grande distribution et chargeurs industriels, ont sonné la charge. « La pression des chargeurs n’est pas nouvelle mais elle s’intensifie. La pression des clients se fait sur le rapport qualité-prix-service. En effet, la traçabilité apparaît comme un élément majeur dans l’offre de service. De ce point de vue, les univers B2C et B2B convergent avec des applications web reliées aux TMS, notamment dans l’approche du véhicule, avec des plannings et créneaux horaires détaillés », rappelle Arnaud Matin (Akanea), en faisant référence à son client VIR Transport (75). « Nous sommes, de plus en plus, dans des collaborations poussées avec les clients, avec une approche R & D ».

L’heure est au partage d’informations. Fabien Dusserre (Trimble) confirme : « Il existe une grande demande de tracking chez les chargeurs. On l’a vu à la SITL. Mais beaucoup rêvent ! Tous ces flux d’informations ne peuvent pas arriver par miracle. C’est lourd et techniquement compliqué. Il faudra du temps ». La compétition technologique et la concurrence commerciale aidant, certains crient à l’intox ! « Nous observons, en ce moment, un jeu de poker menteur », reconnaît un exposant. « L’enjeu des prochaines années sera dans les gestions et le traitement de toutes les données rendues disponibles. Mais cela va nécessiter du temps. Les modèles économiques restent aussi à définir », prévient Fabien Dusserre (Trimble). Les chargeurs réclament plus de transparence et veulent maîtriser le transport qu’ils achètent. La règle n’est pas nouvelle mais… les moyens sont devenus plus puissants. Ainsi, chez A-SIS (filiale de Legris Industries), il s’agit de permettre aux chargeurs d’estimer les « gains financiers potentiels » grâce à un TMS pour la supply chain. L’objectif (classique) est de faire des économies sur le budget transport. Il met en ligne sur son site internet un simulateur de ROI (retour sur investissements). « Cela passe par la communication d’informations demandées par l’éditeur, hiérarchisées en deux catégories : les données chargeurs (budget d’achat transport, volume de factures transporteurs traité par an, salaires du personnel…) et les procédures de contrôle de factures mis en place. Une fois les champs remplis, le simulateur donne une fourchette d’économies financières possibles. Notre simulateur de ROI permet de repérer les gains les plus importants, en sélectionnant le meilleur transporteur ou en automatisant le contrôle de facturation ».

B2B et B2C convergent

Dire que la chaîne de transport est fragmentée relève du lieu commun. Expliquer que la distribution est l’épicentre de nombreuses innovations symbolise le bon sens. Les flux de transports B2B et B2C convergent peu à peu. Les pratiques poussées par le e-commerce tendent à modéliser le B2B. « Nous voyons tous nos clients B2B évoluer vers le B2C. C’est une tendance inéluctable. Le principal écueil des livraisons au particulier, c’est la livraison en absence, l’exécution des services associés à la livraison et le respect des horaires. Les algorithmes d’un TMS opérationnel doivent permettre de résoudre ces types de contraintes », indique Morgan Brouard, responsable projets pour la France de Kratzer Automation. Les solutions évoluent grâce aux informations collectées sur le terrain via les applications mobiles qui font face au client final. Les nouvelles technologies numériques, le clic du consommateur et l’émergence des nouveaux types de livraison ont changé la donne.

Dans ce contexte, les fournisseurs de solutions informatiques sont questionnés sur les interopérabilités et dialogues entre systèmes d’informations. Ils apparaîssent de plus en plus nombreux mais sont-ils compatibles entre eux ? « Oui, il y a de vraies questions sur la connectivité et les interfaces avec les bourses de fret, les outils cartographiques, les systèmes EDI… Nous sommes très sollicités sur ces sujets, reconnaît Arnaud Martin (Akanea). Il n’y a plus de place pour les systèmes fermés. Les produits sont plus modulaires. C’est l’interopérabilité qui commande. Le cycle des TMS est de plus en plus court et celui des WMS, d’ordinaire plus long, se réduit aussi ». Pour Alain André (GPI), le message est clair : « Nous sommes interfacés avec tous les boîtiers, soit les six ou sept acteurs majeurs. Mais aussi avec les pétroliers, les sociétés d’autoroutes… Ce travail a été fait depuis longtemps mais les clients préfèrent toujours le vérifier ». Dans cet univers fragmenté où la taille d’entreprise compte, Strada cible les clients exploitant entre 30 et 100 camions. La société équipe en TMS quelque 250 transporteurs, et 300 transporteurs en informatique embarquée. Elle revendique, au final, 4 000 camions équipés et 4500 en gestion de temps. « Les interfaces, ça a été le grand sujet, reconnaît Jacky Morilleau, directeur commercial. Depuis 2016, nous développons les interfaces et dialogue avec tout le monde ». Cette « ouverture » aux autres n’empêche pas Strada de mettre en œuvre des systèmes d’information et de gestion des temps sur-mesure. « Notre force, c’est le suivi clients. On n’a pas les moyens de certains de nos concurrents mais on a gardé les réflexes du transport », assure le représentant de Strada, qui a annoncé, mi-mars, un premier test de traçabilité des colis chez les Transports Feuillet (01).

Cette réalité peut aussi inciter au rapprochement de prestataires qui se voient soudain un avenir en commun. À la SITL, Sigma, éditeur de la solution TMS depuis 2006, et Cinatis, éditeur de solutions dédiées au transport, ont ont monté l’exemple, en officialisant leurs fiançailles. Le partenariat, commercial et technologique, prévoit la synergie de leurs offres au nom de la supply chain « digitale et collaborative ». Gildas Nicolazo, directeur de l’offre pour Sigma, expliquait : « Sigma va s’appuyer sur Cinatis et sa plateforme collaborative permettant de digitaliser les flux entre tous les acteurs de la chaine logistique. » Rappelons que Sigma sert divers transporteurs, logisticiens et chargeurs, avec un progiciel d’exploitation et de pilotage du transport de marchandises (amont et aval). Tandis que Cinatis, dans le B2B, promeut une « tour de contrôle » collaborative, qui connecte l’écosystème du transport : donneurs d’ordres, plateformes de crossdocking, transporteurs…

Abondance de données

La traçabilité opérationnelle pousse-t-elle à la transparence totale sur les flux et itinéraires, des camions et des conducteurs ? La puissance des outils et algorithmes fait naître une certaine vigilance. Abondance de biens peut nuire. « Si l’EDI multiplie les reportings sans hiérarchie, quel est l’intérêt ? Il faut séparer et compartimenter la traçabilité, entre ce qui intéresse le transporteur et ce qui doit apparaître sur le portail web. Néanmoins, plus le transporteur est en zone d’approche, plus il se doit d’être précis ». Une des « briques » concerne l’optimisation de tournées avec calcul d’itinéraires et planification des livraisons. Dans l’environnement connecté, les entreprises du secteur logistique recherchent des solutions logicielles flexibles. C’est pourquoi PTV Group a étendu sa gamme de solutions cloud en ajoutant la planification flexible et un nouveau mode d’optimisation de tournées. « Notre programme fonctionne en ligne, facile d’accès via internet. Il peut être intégré avec un CRM, un logiciel de gestion de flotte ou un TMS », dit-on chez PTV Group. Une planification des itinéraires doit entraîner des économies tangibles. « Nos utilisateurs rapportent une économie moyenne de 10 % sur les coûts de leur flotte, avec de nombreux retours pour lesquels le chiffre est supérieur à 25 %, avec un faible investissement en capital et des coûts mensuels ». Dans ce cas, l’outil relie le WMS et le TMS avec la partie commerciale, pour viser un « meilleur contrôle des ressources et l’amélioration du flux d’informations ». Le logiciel fait des propositions pour augmenter l’efficacité. Avec un double objectif : ajuster la taille de la flotte et améliorer les combinaisons de véhicules (en limitant le nombre de véhicules par une double utilisation de certains d’entre eux).

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Auteur

  • Benoît Barbedette

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